« Âmes sensibles et oies blanches (vertueuses en fonction des critères dominant) s’abstenir » (sur Pierre March)

Pierre March, La petite fille qui regardait le Bosphore

Il s’agit d’une histoire d’amour, un récit, pas un roman. Un peu spécial parce que sadomasochiste.

C’était au début des années 1990 en France, au temps encore du Minitel. Des élites nanties s’amusaient entre elles sur le réseau et échangeaient des messages pour des rencontres sur le fameux 3615. FETISH était l’un de ces sites d’entre-soi où des gens de bonne compagnie faisaient connaissance avant d’aller plus loin, jusqu’à la rencontre et plus si affinités.

Ce fut le cas de Marine et d’Hugo, deux pseudos pour une chercheuse en génome de Saint-Quentin en Yvelines et d’un directeur de société à Montpellier. Chacun mûr, marié, avec enfants. Cherchant un piment érotique à leur existence entrée dans la routine, même s’il ne s’agissait pas de la changer.

Marine est morte, le lecteur saura comment, et le narrateur son partenaire se souvient, 25 ans après. Son récit embellit peut-être, avec la nostalgie du temps qui passe, mais dresse un monument à celle qui fut sa Soumise.

Car le sadomasochisme est l’art de jouir et de faire jouir par la souffrance graduée. Le Maître (qui peut être pour les hommes une Maîtresse) adopte pour Esclave une femme consentante qui ne demande qu’à être dominée pour entrer en jouissance. La violence sur la chair offre la rédemption du plaisir. Il y a peut-être des racines profondes avec la culture des religions du Livre où le Père tout-puissant punit de leur faute les faibles humains. Ne me demandez pas pourquoi ce qui heurte le sens commun peut être un plaisir, ni comment trouver le bonheur de la chair en la tourmentant : c’est ainsi. Jean-Jacques Rousseau, fessé enfant, y a trouvé une jouissance qu’il a gardé adulte.

Ce livre de chair, bien écrit entre Donatien Alphonse François de Sade et Philippe Joyeux dit Sollers, ne cache rien des pratiques de fouet, martinet et pinces à sein, ni du léchage clitoridien, ni de la sodomie. Âmes sensibles et oies blanches (vertueuses en fonction des critères dominant) s’abstenir. A conseiller aux curés cependant pour qu’ils connaissent autre chose que la manipulation perverse des anges. Oui, deux adultes consentants (parfois trois), peuvent s’envoyer en l’air à leur gré sans que la société ait à mettre son nez dans leurs parties. Même si l’on ne peut s’empêcher de penser que désirer souffrir ou faire souffrir a quelque chose à voir avec la pulsion de mort.

Mais c’était en 1994 et 1995 et l’auteur, alors en plein âge dominant, avoue que les relations sadomasos se sont bien dégradées depuis, la pratique attirant tous les exaspérés de la queue et toutes les inavouées putains. Tel n’était pas le cas entre Gila K, juive d’Istanbul émigrée en France pour y fonder le premier laboratoire privé de séquençage d’ADN en France, et Pierre M, DRH de grands groupes, le narrateur. Elle s’offre pour fuir une enfance contrainte et un mariage étouffant dans la religion juive, malgré ses deux fils qu’elle aime, lui se sent Maître du monde et de la Femme. Un destin peu commun.

Pierre March, La petite fille qui regardait le Bosphore, 2021, Le four banal, 203 pages, €16.50 non référencé Amazon (en raison du sujet pas assez puritain ?)

Présentation de la maison d’édition

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Causeur publie « Comment peut-on être heureux au temps du Covid ? » une tribune du philosophe Emmanuel Jaffelin

Comment peut-on être heureux au temps du Covid ?

Une tribune du philosophe Emmanuel Jaffelin, auteur de « Célébrations du Bonheur » (Michel Lafon)

La pandémie nous invite à repenser notre définition du bonheur. Être heureux est une affaire de volonté, nous ont appris les stoïciens…


La question est aussi pertinente que celle qui aurait pu être posée en 1918 alors qu’il n’y avait pas de vaccin. Pouvait-on être heureux pendant cette période (1918) de grippe (dite) espagnole [1]? Pourtant, autant cette question paraît, au moins en France, pertinente en 2021-2022 tant les hommes vivaient, avant l’apparition de ce virus, dans le monde pacifié de la consommation, autant elle n’est pas évidente si l’on ne définit pas clairement le Bonheur (Xingfu en chinois, Happyness en anglais).

Il va de soi que, dans notre société consumériste – qui est aussi une société de médicaments – le bonheur paraît une suite du plaisir, soit un plaisir plus intense, soit un plaisir plus durable. En fait, si l’on y réfléchit, le Bonheur n’est ni l’un ni l’autre. En grec antique, le Bonheur (eudemonia) n’a rien à voir avec le plaisir (hédonè). Ainsi, loin de tout hédonisme, disons que le Bonheur est un état de l’âme qui se caractérise par l’aptitude d’un être dit «heureux», à accueillir tous les événements, bons comme mauvais.

Mais un tel état de l’âme, l’équanimité, suppose de ne pas faire du Bonheur un but de l’existence. Disons alors qu’à défaut d’être un but de l’existence, le Bonheur ne peut être qu’un effet de la sagesse. Et précisons qu’une telle sagesse est celle qui est offerte (et non vendue!) par la philosophie stoïcienne. En pleine période de ce virus Corona (Covid-19), il n’est donc pas impertinent de nous demander:

1- si nous pouvons être heureux.

2- si nous pouvons l’être lorsque nous nous nous retrouvons atteints par un tel virus qui (nous) rend malade et peut entraîner notre mort.

3- si nous pouvons l’être lorsque nous perdons un proche qui a été contaminé par ce Corona.

1- Pour répondre à la première question,  rappelons d’abord que l’équilibre de l’âme – l’équanimité – est le produit de la volonté et d’un apprentissage à la sagesse qui ne découle jamais d’un événement positif (ou d’une série d’événements positifs) qui nous arrive(nt) comme, par exemple, le fait de gagner à la loterie, ou de voir la naissance d’un enfant désiré, ou de constater que les ennemis deviennent des amis, etc. Si ces événements sont indéniablement vus comme étant «positifs», il s’avère négatif que votre bonheur découle de tels événements extérieurs. Epictète nous apprend ainsi, dans son Manuel, qu’il y a deux sortes de choses: celles qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous. Or, les événements évoqués ci-dessus relèvent évidemment de la deuxième sorte de choses. Il est facile de comprendre que ces événements vont faire plaisir à celui qui les vit et reçoit, mais il ne les conduira nullement au Bonheur. La joie est une passion qui nous remplit de bonne humeur, mais qui reste étrangère et hétérogène au Bonheur, attitude de l’âme et de la personne qui se produit aussi bien quand de mauvais événements se produisent que lorsque de «bons» événements arrivent. Le Bonheur n’est donc ni une passion, ni une action; il est, toutefois, le fruit d’une action,  de la volonté intelligente, qui consiste à anticiper ce qui peut nous arriver afin de l’accueillir (quelle que soit sa prétendue négativité: mort, maladie, accident, etc.).

L’homme heureux, par sa capacité d’anticipation des événements, accueille donc les événements qui lui arrivent, quelle que soit leur tonalité positive ou négative (établie par la psychologie moderne). Ainsi, ce qui arrive et qui est estimé «négatif» rend malheureux le non-sage, c’est-à-dire celui qui ne pense pas et n’anticipe pas les événements de sa vie [2].

2- Le fait d’être atteint par le virus Covid-19 ou l’un de ses variants, suppose d’en chercher la cause. Si celui qui l’a «attrappé» n’a appliqué aucune des contraintes obligées ou recommandées, la moindre des conséquences logiques et philosophiques est qu’il se reconnaisse comme responsable [3] de sa maladie. Une telle conscience de soi est difficile à pratiquer dans une société qui préfère reconnaître ses citoyens comme des victimes potentielles ou réelles plutôt que comme des responsables, d’où le rôle de l’avocat lors d’un procès dans un tribunal correctionnel, avocat qui s’efforce de mettre en évidence les facteurs qui n’excusent pas, mais qui diminuent la part de responsabilité du criminel dans le meurtre qu’il a commis. Ce virus est donc l’occasion [4] non seulement de faire des tests pour savoir si l’on en est atteint, mais surtout de se préparer à être responsable. Dès lors, le fait d’être contaminé par le virus n’est positif que si celui qui l’a reconnaît, non sa malchance, mais sa responsabilité.

3- Dès lors, si vous perdez des proches à la suite de cette contagion, mieux vaut la lucidité que la tristesse. Vous devez savoir que cette (ou ces) personne(s) est (ou sont) morte(s) à la suite d’un mauvais usage de leur liberté. Bien sûr, tous ceux qui nagent dans l’idéologie de la victimité auront du mal à entendre ce lien de la liberté et de la vérité.

Les plus sages sauront accepter ces événements dits «négatifs» en les replaçant dans un contexte où la liberté a sa place. Par conséquent, le Bonheur stoïcien consiste à accepter ce qui arrive, même si ce qui arrive est estimé négatif par notre entourage. Mais attention, il ne s’agit pas d’accepter ce qui arrive parce qu’il arrive, mais de l’accepter car nous nous y sommes préparés en l’anticipant. 

Comme l’écrivait Shakespeare: dès qu’un enfant est né, déjà il est assez vieux pour mourir. Bref, le Bonheur est un effet d’une structure de l’âme qui a l’intelligence du réel!

Célébrations du bonheur

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[1] De mars 1918 à juillet 1921, la « pandémie grippale de l’année 1918 » a fait entre 20 et 100 millions de morts dans le monde, dont environ 400 000 en France.

[2] Ce que les compagnies d’assurance font pour lui, en lui proposant de le dédommager selon les types d’événements supposés négatifs qui peuvent lui arriver et qui rendent les assurances joyeuses car fructueuses ! L’Avenir est pavé de bonnes intentions ! Pour l’Enfer, on l’a déjà vu.

[3] Du latin responsus signifiant: Qui doit répondre de ses actes

[4] ou la chance

Remy Monget admire François de Combret repérer l’humour de Musil

« La substantifique moelle de l’homme sans qualité ».

François de Combret par Remy Monget

« La substantifique moelle de l’homme sans qualité. » François de Combret. Éditions du Palio. Janvier 2022. 438 pages. 21 euros 50.

François de Combret, magistrat honoraire à la Cour des comptes est l’auteur du livre : La substantifique moelle de l’homme sans qualité. Cet écrivain a déjà publié le Bréviaire de la recherche du temps perdu (Droz 2019).

L’ambition de ce livre est de rendre accessible la lecture de « l’ Homme sans qualité » de Robert Musil.

L’auteur réussi la gageure de présenter et de commenter ce livre foisonnant.. Musil a écrit l’œuvre de sa vie, L’ouvrage de Musil est à la fois philosophique, moral, politique, et poétique. Il décrit l’Empire Austro-Hongrois, surnommé par Musil la Cacanie, à la veille de la Première Guerre mondiale. Ce surnom, la Cacanie cela vient de K et K kaiserlich und königlich.

Le thème principal qui sous-tend l’action n’apparaît pas tout de suite dans l’œuvre de Musil, « Ce n’est qu’à la page 110 qu’apparaît pour la première fois cette « Action Patriotique », qui sera le fil conducteur de toute le roman. » : nous dit François de Combret page 67.

Cette Action patriotique vise à fêter le jubilé les soixante-dix ans de l’empereur François-Joseph. Jubilé, jamais fêté car l’empereur est décédé en 1916.

Ulrich, le héros du roman fait partie de l’Action Parallèle, qui prend le relais de l’Action Patriotique et devient un laboratoire d’idées pour cet important évènement à venir.

François de Combret décèle l’humour de Musil dans cette satire brillante de société Austro-Hongroise à veille du chaos. De grandes idées sont pourtant brassées par l’Action Parallèle, notamment celles concernant l’âme. François de Combret cite l’auteur de l’Homme sans qualités page 127 : « Dans la jeunesse, c’est un sentiment très fort d’incertitude que l’on fait. Dans la vieillesse, c’est l’étonnement de n’avoir pas fait davantage que l’on s’était proposé. Dans l’entre deux, c’est la consolation de penser que l’on est un brave type ou un type tout court. » p127

Ulrich fréquente le salon d’Hermine Guzzi, une lointaine cousine d’Ulrich que celui-ci surnomme Diotime, en référence à un personnage féminin de Platon dans le banquet.

Les chapitres à portées philosophiques, alternent avec d’autres plus légers. François de Combret par les choix des citations de Musil nous montre l’enlisement de l’Action Parallèle et la chute inéluctable de l’Empire des Habsbourg, pourtant le lecteur pressent une autre fin possible, la figure de François-Joseph, empereur de la paix est évoquée. Les parallèles possibles avec l’Europe actuelle sont nombreux. »

Save the date ! Quatre invitations de Balustrade en janvier 2022

Pour chacun de ces 4 événements, inscription obligatoire par sms à Guilaine Depis 06 84 36 31 85)
* Jeudi 13 janvier 2022 de 19h à 22h :
Soirée sur le bonheur dans la sagesse avec deux philosophes
Denis Marquet et Emmanuel Jaffelin * cocktail dînatoire
(Hôtel La Louisiane 60 rue de Seine 75 006 Paris)
* Mercredi 19 janvier 2022 de 19h à 21h30 :
Rencontre entre l’écrivain François Coupry et le journaliste littéraire Pierre Monastier autour de «L’agonie de Gutenberg tome 2» (librairie Libres Champs 18 rue Le Verrier 75 006 Paris)
* Samedi 22 janvier 2022 de 14h30 à 17h30 : 
Après-midi Musil et Proust.
Table ronde en présence de Luc Fraisse : Faciliter l’accès aux grandes oeuvres littéraires est-il souhaitable et judicieux ? (librairie Pedone 13 rue Soufflot 75 005 Paris) avec François de Combret (éditions du Palio) et notamment Hélène Waysbord (éditions Le Vistemboir)
* Dimanche 30 janvier 2022 de 17h00 à 17h45 :
Baptiste-Florian Marle-Ouvrard et Thomas Ospital, les deux organistes titulaires, présenteront en musique au public toutes les possibilités de l’Orgue de Saint-Eustache, leur projet de rénovation et la campagne de parrainage des tuyaux pour le financer. Tout don à partir de 40 euros est déductible fiscalement à hauteur de 66% et vous devenez Parrain d’un des 8000 tuyaux à rénover.
Concert ouvert à tous et gratuit.

« Une bonne surprise » pour Hilaire Alrune qui a bien lu Denis Marquet pour Yozone

Dernières nouvelles de Babylone
Denis Marquet
Aluna éditions, nouvelles, 180 pages, octobre 2021, 17 €

Entre noirceur et lumière, “Une bonne action” oscille entre la fable et le récit noir. En mettant en scène la volonté de bien faire, ce texte attire l’attention sur notre incapacité à mesurer, anticiper et même connaître un jour les conséquences de nos actes et sur l’imprédictibilité à moyen terme des effets d’actes apparaissant différemment orientés ou semblant dénués d’importance (une thématique dérivant des lois physiques de la théorie du chaos, que l’on retrouvera dans d’autres textes comme “Petites causes” et “Une rose”). Et les amateurs de récits policiers y verront une belle illustration de l’éternel adage disant que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Récit à chute également pour “La Fan de sa vie ”, où un auteur découvre à travers les réseaux sociaux une femme qui a su merveilleusement comprendre son œuvre. S’ensuit une relation électronique qu’il ne demande qu’à poursuivre dans le monde réel, estimant avoir enfin trouvé l’âme sœur. Totalement inattendue, même pour les amateurs de récits du genre, la surprise finale – joliment trouvée – fera grincer des dents.

Intelligence artificielle”, qui relève ouvertement de la science-fiction, mais est aussi à considérer comme une fable, met en scène, par temps politiquement et militairement troublé, la nécessaire transposition de l’esprit d’un président américain, trahi par son corps, sur un support électronique destiné à assurer la continuité de son action. Hélas, cette immortalité expérimentale ne fonctionne pas tout à fait comme prévu. Une belle manière de rappeler aux amnésiques et aux esprits faibles hypnotisés par les tweets d’un ex-président américain à cravate rouge que quelques années auparavant, sous des aspects plus policés, un authentique alcoolique sur le retour, totalement inculte, profondément analphabète, aussi fou que lui sinon plus, a réussi au cours de ses deux mandats successifs à ruiner une large partie de ses concitoyens et à entraîner son pays dans des guerres insensées.

Science-fiction également avec “Bébé éprouvante”, dans un futur proche où la procréation bénéficie des apports de l’ “assistance médicale à la prédétermination infantile”. Dans ce meilleur des mondes, il n’est pas seulement possible (du moins pour ceux qui en ont les moyens), de choisir le sexe et la couleur des yeux de votre bébé à venir, mais aussi ses futures aptitudes cognitivo-comportementales, tout comme le poids et la taille (au centimètre près) qu’il aura à l’âge adulte – et bien d’autres choses encore. Mais à trop vouloir considérer les enfants comme des objets, à déléguer les soins à leur apporter à des machines, reste-t-il encore une part d’humanité ? Un récit qui à travers l’égoïsme forcené d’une mère fait bien plus que frémir, et que l’on classera, dans les récits consacrés aux progénitures du futur, à côté du non moins inquiétant “Chaton éternel” de Peter F. Hamilton (initialement publié dans la prestigieuse revue scientifique Nature), dans le recueil « Manhattan à l’envers »

Pour qui n’a jamais eu affaire à un paranoïaque, la nouvelle intitulée “Une dernière pour Norbert” est à lire absolument, tant elle apparait démonstrative de la force de conviction et de la logique souvent difficile à démonter de tout paranoïaque qui se respecte. En ce sens jubilatoire, elle dresse une magnifique interprétation paranoïaque de la paranoïa elle-même. (pour les amateurs, dans ce registre, on trouvera dans l’essai « ABC Dick  » d’Ariel Kyrou une étrange définition dickienne de la paranoïa flirtant également avec la maladie). Un récit plaisant et abouti, avec en prime une fin qui pour les connaisseurs évoquera la dernière phrase du récit « Escamotage  » de Richard Matheson (du moins dans la bonne version, pas dans celle que, dans une de ses éditions françaises chez Gallimard, un typographe crut bon de devoir « corriger », ruinant ainsi l’effet de chute de la nouvelle).

Plus réaliste, “Contrat à terme ” dénonce, si besoin était, le caractère inhumain de la finance mondialisée et, par contraste, le caractère effroyablement humain de ses conséquences. Un récit qui rappellera indirectement à quel point un certain onze septembre n’avait rien de l’attentat aveugle et a pu être considéré par beaucoup comme visant une cible légitime. Un récit qui a pour mérite de mettre en évidence ce qui est certes déjà une évidence, mais que nous préférons, jour après jour, ne pas voir et ne pas vouloir voir. Une perte d’humanité portée à son paroxysme dans la très brève qui lui fait suite, “Rationalité économique ”, à la fois noire, grinçante, savoureuse et désopilante.

Changement de tonalité avec “Nettoyage par le vide”, texte d’inspiration presque borgésienne mettant en scène l’éternel terme du double, né avec la fiction et renaissant de la fiction, peut-être sous forme d’un double du double, où l’on découvre que la cave, lieu de terreur s’il en est, peut aussi faire office de porte ouverte à des révélations en apparence anodines et en réalité vertigineuses. Changement de tonalité également avec “Petites causes ” et “Une rose”, fables idéalistes mettant côté à côte le monde tel qu’il est et le monde tel qu’il pourrait être. Des fables à la morale transparente, des textes dont le caractère optimiste et poétique viennent faire équilibre avec la noirceur affichée, et parfois jubilatoire, d’autres nouvelles.

« Blanche avait éprouvé, un jour l’infinie béatitude de n’être plus en recherche de rien et, depuis, elle la cherchait sans répit. »

L’auteur s’essaie également à la forme très brève (quelques phrases ou quelques mots) comme l’avait fait Philip Le Roy dans « Qui veut gagner le Paradis ? », en plusieurs textes courts venant, comme une respiration, s’intercaler entre les nouvelles au format plus classique. Avec “Le Sens de l’existence”, “L’impasse” , “Je suis né posthume”, “Le Désert du monde”, “Il n’y a pas de hasard”, « L’Interdit », “Semper aedam” , “La Sculpture de soi ” , “Disparition ” , “La Passion” , “Pensée créatrice”, et “La Fin du récit”, Denis Marquet brosse de minuscules fabliaux noirs, féroces et percutants (on peut penser à Ambrose Bierce), mais aussi des trouvailles émouvantes qui font sourire et donnent à réfléchir, entre autres au sujet de nos egos et de nos vanités.

Au total, ces « Dernières nouvelles de Babylone » apparaissent comme une bonne surprise. Plaisantes et faciles à lire, elles s’adressent autant aux amateurs de nouvelles de genre qu’aux lecteurs de littérature « blanche ». Avec un bel éventail de tonalités, avec un arrière-plan moral mais sans naïveté aucune, avec une pointe de noirceur et beaucoup de recul, elles amusent, séduisent et donnent à réfléchir.

Sommaire :
Le Sens de l’existence
Une bonne action
L’Impasse
Le fan de sa vie
Je suis né posthume
Le Désert du monde
Intelligence artificielle
Il n’y a pas de hasard
Bébé éprouvante
L’Interdit
Semper aedem
La Dernière de Norbert
La Sculpture de soi
Contrat à terme
Rationalité économique
Nettoyage par le vide
Disparition
La Passion
Petites causes
Pensée créatrice
Une rose
La Fin du récit


Titre : Dernières nouvelles de Babylone
Auteur : Denis Marquet
Couverture : Denis Marquet, En quête de souffle
Éditeur : Aluna éditions
Site Internet : page recueil (site éditeur)
Pages : 180
Format (en cm) :14 x 21
Dépôt légal : octobre 2021
ISBN : 9782919513383
Prix : 17 €

John Karp sur le Mooc digital

John Karp est entrepreneur et évolue depuis quinze ans dans le domaine de la technologie. Spécialisé dans les applications mobiles, il a cofondé Food Reporter, un précurseur des réseaux sociaux culinaires, et BeMyApp. Il organise des hackathons (marathons de programmation) où les développeurs disposent de 48 heures pour concevoir une application originale. John Karp a commencé à s’intéresser aux NFT au tout début du confinement de mars 2020, d’abord en tant qu’investisseur, puis comme collectionneur. Captivé par cet univers, avec son associé Rémy Peretz, il y consacre un podcast, NFT Morning. Ensemble, ils ont écrit NFT Revolution, ouvrage paru en version numérique et papier dans lequel ils partagent leur passion et leur expérience des NFT.

nftmorning.com

Si la blockchain est récente, son procédé reposant sur la cryptographie remonte à la Seconde Guerre mondiale et n’a jamais cessé d’évoluer depuis. John Karp cite le mathématicien Alan Turing et le film qui lui est consacré, Imitation Game. Avec la naissance de la blockchain il y a 12 ans, on est passé d’un système centralisé à un système décentralisé, explique John Karp. Le gain : plus de sécurité, donc de confiance. Cela a donné naissance aux crypto-monnaies dont le Bitcoin est la première née. John Karp explique les avantages des crypto-monnaies, citant les pays où les banques et les États ne sont pas fiables. Il compare la blockchain à “un grand notaire de l’Internet” car les transactions sont d’une fiabilité totale, infalsifiables et traçables. « Le système est tellement puissant qu’il n’a jamais été piraté ».  Et ce qui est nouveau, c’est que la confiance est établie sans la présence d’un tiers. Il en découle l’apparition des smart contracts (contrats intelligents). John Karp donne des exemples d’applications dans le monde de l’art.
S’il existe des centaines de crypto-monnaies, le Bitcoin et l’Ethereum sont les plus connues. Pourquoi leurs cours sont-ils très fluctuants ? Qu’est-ce qu’un wallet ou porte- monnaie électronique ? Une définition de la culture “crypto-monnaie ”. Qu’est-ce que les NFT ? Un cours réalisé pour le MOOC Digital de l’École professionnelle supérieure d'arts graphiques de la Ville de Paris (EPSAA) animé par Dominique Moulon à l’EPSAA et coproduit par Ars Longa.
Qu’est-ce que le minting ? En dehors de l’art, dans quels autres domaines, les NFT se sont-ils développés ? John Karp cite notamment les cartes de collection et l’univers du jeu vidéo. Transparence et pseudonymat.
John Karp explique que les deux grandes salles de vente que sont Christie’s et Sotheby’s commercialisent des NFT. C’est pour elles une question de survie.  « On assiste peut-être à la plus grande démocratisation du monde de l’art » car apparaissent des milliers de collectionneurs qui n’existaient pas avant. John Karp revient sur le Pop Art et le Street Art, deux mouvements artistiques qui ont, en leur temps, contribué à la démocratisation de l’art. Avec les NFT, l’impact est encore plus massif parce que cela passe par Internet. Cela va aller en s’amplifiant parce que l’accessibilité est plus grande, notamment grâce à Tweeter car ce réseau social est ouvert à tous, pas besoin “d’être ami”. John Karp cite aussi Discord et ses forums de discussion où se créent de vastes communautés d’artistes.
John Karp décrit les CryptoPunks de la blockchain Ethereum lancés par Larva Labs en 2017, une société précurseur. Il s’agit de 10 000 pièces uniques générées de manière aléatoire par des algorithmes. Aujourd’hui, certaines sont rares, donc plus recherchées, et par conséquent très chères alors qu’au départ on pouvait se les procurer gratuitement. Depuis quelques années, on assiste au développement des PFP (projet de photo de profil). John Karp donne l’exemple de Jay-Z et précise que les prix des PFP ont considérablement augmenté. Répertoriant quelques plateformes NFT dédiées à l’art, il en désigne trois types différents, en fonction de leur niveau de “curation”. Il cite SuperRare, Foundation, Opensea et Rarible. Nifty Gateway est un cas à part car on peut payer avec de la monnaie traditionnelle, par carte bancaire.
John Karp explique que les technologies de la blockchain vont être de moins en moins énergivores. C’est un enjeu dont tous les acteurs du secteur ont conscience et ils travaillent pour limiter les consommations d’énergie. De toute manière, celles-ci sont dérisoires par rapport à Netflix, YouTube ou les voitures. Il cite l’exemple de la plateforme HicEtNunc en open source qui est très respectueuse de l’environnement. Pour terminer, il égrène quelques tendances artistiques NFT : la pratique en série avec Beeple, la 3D avec Murat Pak, le graffiti avec Fewocious, la réappropriation avec Trevor Jones, le graphisme avec Hackatao… Et explique que toutes les tendances se mêlent désormais en art : graphisme, illustration, jeu vidéo, finance, etc., les frontières sont en train de disparaître.

Radio Vinci autoroutes a craqué pour Fiona Lauriol

« 101 ANS MÉMÉ PART EN VADROUILLE » DE FIONA LAURIOL

(diffusé en provence, languedoc, côte d’azur, sud ouest, deux fois à chaque fois)
date 31/12/2021 – 08:58 | micro_reportage Francine Thomas
Finir sa vie dans un Ehpad n’est pas une fatalité. Surtout quand on a une petite fille de la trempe de Fiona Lauriol. Celle-ci a décidé d’emmener sa grand-mère centenaire avec elle, sillonner les routes d’Europe à bord de son camping-car.
Quand Fiona Lauriol reçoit un appel de l’établissement où vit sa grand-mère pour lui annoncer que la fin est proche, la jeune femme ne peut pas se résoudre à la laisser terminer sa vie éloignée des siens. Elle la ramène donc chez elle, la prend en charge, et ô surprise, la vieille femme retrouve des forces. A tel point qu’elles décident toutes les deux de partir en voyage en camping-car. Il fallait pour cela un peu d’audace et la conviction que tout est possible.
« Au départ, elle ne voulait pas trop bouger. Au fur et à mesure du voyage, plus on avançait, plus elle retrouvait de la motricité. Elle s’éveillait et s’émerveillait de tout », nous a raconté Fiona Lauriol dans Marque-pages.
Les deux femmes, accompagnées par les parents de Fiona Lauriol, qui voyagent dans un autre véhicule, parcourent les routes pendant de longs mois. Jusqu’à se retrouver piégées par le premier confinement en Espagne. Elles parviennent à rentrer en France au printemps 2020. Et c’est là que va finalement s’éteindre la grand-mère de l’autrice.

Son récit n’en est pas moins lumineux, tant son témoignage est bourré d’énergie et d’humanité. « On devrait tous partir avec des supers souvenirs qui font rire au-delà de notre dernier souffle (…). Tout est possible pour qui s’en donne les moyens. L’espoir déplace des montagnes et il faut surtout arrêter de se dire qu’arrivé à un certain âge, on doit arrêter de respirer. La vieillesse n’est pas une maladie ! »
Ce témoignage livré par Fiona Lauriol est donc avant tout l’histoire d’une fin de vie pleine de liberté, de défi et de courage.