Jean-Jacques Dayries dans Tropical magazine (2026)
Saint-Barthélemy,
une de nos plus belles escales !
Texte : Michèle Dayries – Photos : Jean-Jacques Dayries – Traduction : Ellen Lampert-Gréaux
C’est une de nos plus belles escales ! L’exclamation de Michèle et Jean-Jacques, en 2008, au moment de mouiller leur voilier Whisper à Saint-Barthélemy. Pourtant, ils ont connu beaucoup d’îles magiques : Scilly, Sarq, Minquiers, Lipari, Petites Cyclades, Delos, Polynésie…
Sur l’Atlantique
Suivre le sillage de Nelson des deux côtés de l’Atlantique, de Plymouth à Antigua, de Trafalgar à la Sardaigne. Refaire la traversée de Colomb à son premier voyage depuis l’île de la Gomera jusqu’aux Antilles. Lire l’Odyssée à Ithaque. Visiter le monastère de Jean l’évangéliste à Patmos. Rêver à la Venus de Cnide. Voir les guerriers francs prendre Monemvasia… Tant de souvenirs attachants. De belles soirées au mouillage. Sous les étoiles, quand le vent s’est calmé et que la nuit est douce.
Les escales sont la récompense des navigateurs. L’occasion de découvertes délicieuses : chakchouka d’Izmir, langoustes de Skyros, poutargue de thon de San Pietro, espadon, cannoli et cassates de Sicile, ensaïmada et sobresada des Baléares, horchata de chufa et granizado de limon à Alicante, bellota et tommes de brebis et de chèvre à Séville, vanille de Tahaa, vins pied-de-franc à Madère… A Saint-Barthélemy, chaudrée de poissons de roche, colombo de cabri, sorbet préparé avec un corossol du jardin cueilli le matin même…
Les escales ce sont les rencontres. Une bergère au coin d’un champ à Iraklia. Des armateurs grecs à Chios, leur patrie d’origine. La fête de Pâques à Kythnos avec la population rassemblée dans la petite chapelle. Un couple de Levantins à Téos. Un agriculteur à Huahine. Un autre en Guadeloupe, à échanger des plans de caféier. Un pêcheur de langoustes à Bonifacio. Un pêcheur de bars à Aurigny. Les opérateurs d’une grande madrague en Tunisie…
Notre caillou permet des rencontres magnifiques. Comme ce matin de janvier avec Linus Roth, le virtuose allemand, et son Stradivarius de 1703, le « Dancla ». On ne touche pas les vernis qui ont trois siècles sans précautions.
Michèle et Jean-Jacques Dayries en compagnie de Linus Roth et son magnifique et précieux Stradivarius.
Car, un jour, l’escale est devenue la destination. C’est Ici, à Saint-Barthélemy, qu’ils se sont installés il y a plus de quinze ans et qu’ils ont poursuivi leurs activités depuis leur maison entre Colombier et Corossol. Merveille de l’internet et des téléconférences, quand la seule contrainte à gérer est celle du décalage horaire !
Sur l’image, vous ne pouvez pas reconnaître la magistrate et le banquier d’affaires devenu chef d’entreprise, administrateur de sociétés et finalement romancier. Pourtant, c’est le privilège de Saint-Barthélemy. Accueillir au 16ème siècle les émigrés de l’ouest de la France comme aujourd’hui les voileux et les familles aisées et non conformistes, américaines comme européennes. Les artistes en devenir aussi bien que confirmés.
Jean-Jacques a imaginé ici, à Saint-Barthélemy, un projet littéraire : une série de romans qui décrivent des situations réalistes et des métiers d’aujourd’hui, avec des intrigues palpitantes. On a la chance d’entrer dans des univers habituellement interdits. « Du vécu ! » disent les lecteurs. Les héros sont positifs et courageux. Trois romans publiés depuis 2023 : « Jungle en multinationale » décrit la lutte pour le pouvoir des actionnaires d’un groupe hôtelier ; « Un être libre » est le voyage d’un entrepreneur, inspiré par un conte de Diderot ; « Quatuor » est la rencontre d’un concertiste, d’une économiste et de deux journalistes aux ambitions contradictoires.
Je dois vous dire comment Jean-Jacques a créé son dernier roman. C’était un matin au mouillage dans une crique déserte. A l’aube. Le soleil venait d’apparaître. L’air était doux. Une petite brise de création du monde. Il a pensé : tout cette merveille pourrait disparaître en un instant. Une météorite. La folie d’un dictateur malade qui joue avec des armes. La beauté transformée en chaos de fin du monde. A partir de cette idée est né le roman « Elektra, ce météore… » publié par les « Editions La route de la soie » fin 2026.
Elektra est l’héritière d’un groupe d’armement maritime grec dont les porte-conteneurs et les cargos sillonnent les routes du monde. Elle est libre et ravissante. Capricieuse et décidée. Pour venger son père, victime d’un armement concurrent, elle finance des hackers russes qui s’emploient à infecter les logiciels de navigation des flottes concurrentes. Les navires sont immobilisés par les assureurs. Nombre d’usines et de commerces sont à l’arrêt. Une catastrophe. Le même drame qu’on avait connu il y a quelque temps, alors que la chute d’une météorite inconnue et massive était annoncée. La même panique. Une crise économique identique. A la fin, on en réchappe. Mais la vie ne sera plus la même. « Elektra, ce météore… » était écrit avant l’attaque américaine au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz…
Avant ces quatre romans, un recueil illustré publié en français et en anglais : « Petits contes philosophiques de Saint-Barthélemy ». Une évocation pleine d’humour à propos de notre vie dans l’île et de son histoire (tous ces livres sont disponibles à « La case aux livres » de Gustavia).
Ce qui est merveilleux dans le travail d’un romancier, c’est que la perspective est infinie. Il n’y a pas de vacances ni de retraite. Seulement le plaisir de créer et de transmettre des émotions, de l’expérience. De partager les ressorts d’une fiction. De surprendre. De faire rêver. Alors, ici, à Saint-Barthélemy, Jean-Jacques s’y attelle chaque matin avec un plaisir sans cesse renouvelé.
A corossol.
Un matin studieux…
