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Sur l’Amérique divisée, lisez « Le Cauchemar américain » de Nathan Juste

Nathan Juste : « Il était plus facile de haïr quelqu’un en le cachant derrière une idée que de le haïr en face »

 

Nathan Juste, vous venez de publier votre premier roman « Le Cauchemar américain ou l’affrontement de somnambules».

Dans cette période de reconfiguration géopolitique du monde, votre position en tant que Français habitant New-York fait de vous un observateur pertinent des tensions exacerbées entre les MAGA trumpistes et les Woke démocrates.

Avez-vous l’impression que le fossé se creuse entre ces deux Amériques ? Parviennent-elles encore à se parler ?

Il y a un fossé qui perdure entre MAGA et les démocrates mais il y a un rapprochement des indépendants qui rejettent la politique extérieure et commerciale de Trump, et qui sont choqués par les bavures lors des opérations anti-immigration. Dans la vie publique américaine, il y a toujours des électeurs qui choisissent en fonction des « Table kitchen issues », c’est-à-dire de l’impact sur leurs portefeuilles en fin de mois. Ces gens peu sensibles aux idéologies sont en train de se détourner de Trump dont l’image, construite sur des décennies, d’homme d’affaires accompli, est mise à mal par l’inflation et le taux de chômage.

Quant aux vrais sympathisants je pense qu’ils ne parviendront plus à se parler. Ils vivent dans deux réalités différentes, issues d’écosystèmes médiatiques aux antipodes et d’algorithmes qui déforment leurs consommations d’informations. Aux États-Unis, où la liberté d’expression n’a pas de limite et les mensonges sur la place publique sont impunis, la réalité ne se vit pas, elle se raconte. Les événements récents en sont un bon exemple. Lorsque Hillary Clinton a dû témoigner dans le cadre de l’affaire Epstein, une partie des commentateurs y a vu une femme indépendante, une avocate courageuse prise comme bouc émissaire et victime des frasques de son mari ; l’autre y a vu une politicienne corrompue habituée à étouffer les affaires. D’un côté vous avez un idéal féministe, de l’autre un alligator des marécages de Washington.

Pour une partie des géants de la tech, c’est un état de fait. Lors de la campagne, Peter Thiel et la très conservatrice Heritage Foundation avaient organisé une conférence intitulée « Redémarrage 2024 : la nouvelle réalité ». Le titre était révélateur mais certains ateliers comme « Fracture de la réalité partagée » l’était encore plus. Avec une production de l’information décentralisée par des influenceurs et des porteurs d’opinions, la propagation de l’information par les réseaux sociaux ne fait qu’élargir la fenêtre d’Overton (l’ensemble des idées, opinions ou pratiques considérées comme plus ou moins acceptables par l’opinion publique). En effet, ces algorithmes statistiques maximisent la séparation de population pour promouvoir du contenu sur lequel le consommateur a plus de chance de cliquer et d’interagir. Cela pousse les producteurs de contenus vers des propos peu nuancés, accrocheurs voire provocateurs. Ceci est encore accentué par les formats courts. Paris Match sous stéroïde : le poids des mots, le choc des vidéos.

Dans votre livre, vous avez choisi la forme du roman, de la fiction, mais vous avez réussi le tour de force de donner tant d’épaisseur psychologique aux personnages que ce pourrait être un simple récit. Comment avez-vous trouvé l’inspiration pour dresser le portrait de Richard et de John ?

Pour Richard et sa famille, je n’ai cessé de me poser la question de savoir quels parcours de vie pourraient amener à promouvoir certaines idées. J’ai par ailleurs croisé cette réflexion avec des évènements vécus par des amis américains. Cela donne par exemple le cas de Jenny (mère de Richard) dont l’avis sur l’avortement provient d’une éducation religieuse mais surtout de ses fausses couches et difficultés à enfanter.

Pour John, j’ai quelques bons amis vétérans qui ont servi dans l’armée en Irak ou Afghanistan. Certains éléments comme les troubles de l’attention ou le désintérêt de la vie publique proviennent de discussions avec eux.

On dit qu’il faut toujours écrire sur ce que l’on connaît. Je le comprends comme l’insertion de thèmes ou de situations qui touchent l’auteur. Par exemple pour Richard, l’antagonisme avec son frère se nourrit d’exemples de fratries autour de moi ; la dynamique familiale s’inspire de dislocations générées par des évènements tels que Brexit, l’élection de Trump ou encore la guerre en Ukraine. Dans ce dernier cas, par exemple, ayant habité à Brooklyn j’ai observé le clivage générationnel chez les russophones.

Jean Birnbaum a écrit « Le courage de la nuance » ; vous situez-vous dans sa filiation puisque vous faites l’effort de refuser la posture manichéenne simpliste ? Vous peignez Rick comme produit de son histoire et très humain…

J’ai depuis longtemps l’intuition que la diabolisation est problématique. Si on dépeint quelqu’un ou ses idées comme diabolique, on perd l’humanité et on ne cherche plus à comprendre le cheminement qui a mené aux actions. Je pense que cela rend plus difficile de combattre certaines idéologies ou d’éviter que des évènements ne se répètent.

C’est dur de garder en tête l’humain car il y a clairement des idées auxquelles on s’oppose ou des actions que l’on dénonce. Pour moi, cela implique de ne pas se placer sur le plan de l’argumentaire mais celui du ressenti.

Finalement, l’histoire de Rick est celle d’une radicalisation. Elle est le produit d’un terreau, de circonstances, de rencontres et de choix. Le projet que je m’étais donné était de décrire tout cela sans prendre parti. C’est au lecteur de se positionner. Si je donne un avis, ce n’est plus un roman, ça devient autre chose : un essai, un pamphlet, un conte philosophique – que sais-je.

Cette réflexion de Rick en fin de roman sous-tend tout le récit : « Il était plus facile de haïr quelqu’un en le cachant derrière une idée que de le haïr en face. Quand on regardait les gens, qu’on leur parlait, c’était beaucoup plus dur : on trouvait des points communs, ou à défaut, on trouvait d’autres à détester ensemble. »

Était-il difficile pour vous d’entrer dans la peau de Rick ? Avez-vous discuté avec des détenteurs d’armes à feu ? Condamnez-vous la peine de mort même pour les criminels ?

J’ai beaucoup d’amis américains qui ont des fusils automatiques et des armes de poing. J’ai donc pu échanger avec eux à de multiples reprises. Nous avons par exemple discuté des configurations du AR15. Je suis moi-même allé dans un stand de tir. Il y a une vraie ubiquité des armes à feu aux USA indépendamment des bords politiques. Le sujet est d’une telle banalité que nous en avons par exemple parlé avec nos voisins lors du premier dîner chez eux après avoir emménagé.

J’ai surtout effectué beaucoup de recherches bibliographiques : sur l’âge légal pour la possession d’armes par états, sur les milices, sur leurs entraînements, sur les compétitions de tir ; j’ai consulté des articles de faits divers ; j’ai examiné des plans de villes et celui du capitole… Tout cela m’a permis d’imaginer le terreau d’où a germé la trajectoire de Rick.

C’était finalement plus dur de se mettre dans la peau de John. D’une part parce que les évènements auxquels il est lié sont datés. J’ai donc exploré les opérations en Irak et en Syrie, la chute de Kadhafi, ou encore la crise des réfugiés. À la différence d’autres épisodes tels que Charlottesville où je pouvais m’inspirer de visites, de vidéos, il y a beaucoup moins de sources pour décrire une zone de guerre. D’autre part parce que l’aspect psychologique que je décris chez lui – trouble post-traumatique – est un sujet très sérieux et documenté, je voulais le traiter respectueusement. Encore une fois ma réponse fut d’investiguer et de m’éduquer.

Votre question sur la peine de mort appelle à une réflexion plus profonde que la mienne. Elle soulève plusieurs problématiques auxquelles je n’ai pas particulièrement réfléchi.

Il y a un risque évident qui est celui de l’erreur : d’exécuter un innocent. Cela a été beaucoup le cas dans des états du sud où le biais racial a entaché la justice et continue probablement de le faire.

Il faut penser à l’inefficacité de la dissuasion. Il me semble que dans la plupart des états, les exécutions sont accessibles aux familles et aux témoins. On est loin des pendaisons publiques dans les westerns.

Il y a des cas où la récidive est presque assurée car il y a un trouble psychiatrique ou une addiction. La perpétuité ou l’internement sont des réponses possibles mais demandent un investissement dans les prisons et les centres psychiatriques. Or, il y a beaucoup de prisons privées qui réduisent leurs coûts et les budgets des hôpitaux psychiatriques ont été coupés au niveau fédéral depuis Reagan mais aussi au niveau des états.

Votre roman s’achève sur la prise du capitole de janvier 2021. Où étiez-vous ce jour-là ? Était-ce pour vous un point de bascule ?

Nous habitions à Brooklyn et nous étions toujours soumis à une forme de confinement. On s’attendait à de la violence en cas de perte de Trump : il en avait tellement parlé sur les réseaux sociaux. Mais on s’y attendait dans les quelques jours après l’annonce officielle des résultats. Arrivés en janvier on était passé à autre chose : on faisait un barbecue sur le toit.

Pour moi, c’est un point de bascule très clair. Dans le répertoire politique américain il y avait déjà des pratiques qui auraient pu être qualifiées d’antidémocratiques, telles que la redéfinition partisane des districts électoraux, les lois visant à restreindre le droit de votes et les campagnes médiatiques pour détourner les gens des urnes.

Mais depuis janvier 2021, on peut y ajouter la discréditation du processus électoral dans son intégralité ; le soutien voire la participation d’un parti à un coup d’État (au travers de votes procéduraux au parlement, de campagnes de pression sur les bureaux de votes, et de la création de votes alternatifs) ; et enfin l’absence de destitution ou de conviction d’inéligibilité.

C’est donc sans surprise que l’administration Trump 2.0 gouverne par décret sans agenda législatif réel et avec un mépris affiché pour les contre-pouvoirs parlementaires. La radicalisation du parti républicain est aussi une conséquence du 6 janvier. En effet, la contestation du résultat de l’élection de 2020 est devenue un test de loyauté qui a définitivement transformé le parti en une sorte de culte de la personnalité.

Le courant trumpiste prospère t-il à cause des folies woke ? Pensez-vous au final que le wokisme est contre-productif ? L’effet boomerang est terrible ?

Dans un premier temps, j’ai un problème avec le mot « woke ». C’est un terme qui date des années 30-40 en lien avec la culture afro-américaine et qui à l’origine pointe vers le verbe « awake » utilisé ici pour parler d’un éveil, d’une prise de conscience des injustices raciales. Ce terme a conservé cette acception lors du mouvement Black Lives Matter, qui rappelons-le, visait à une réforme du système policier.Il y a quelque chose qui me dérange dans le détournement orwellien de ce mot qui a été opéré par la suite, pour en faire un terme fourre-tout. Ce qui m’embête c’est que cela suppose un mouvement woke ou une doctrine woke, ce qui est loin d’être clair. Il y avait des idées progressistes défendues par différents groupes et différentes communautés et par ce terme on les a amalgamés.

En les mélangeant, on met sur le même pied, le sujet de la réforme de la police et les revendications transgenres par exemple, ou encore l’épiphénomène des « furries » et celui de l’égalité des sexes en droit. Cela bloque la possibilité de discussions et participe encore à la déchirure du dialogue civique.

Les woke censurent des statues de grands hommes politiques compromis avec l’esclavage, mais aussi des films datés comme « Gone with the wind » tandis que les MAGA censurent des livres évoquant la sexualité LGBT. Toutes les censures se valent-elles ?

Un autre point avec la création du mot « wokisme » c’est qu’on ne distingue plus les évolutions de société, des idéologies ou des politiques publiques. La censure suppose une décision politique. Dans le cas des statues ou dans le cas de la « cancel culture » ce n’était pas ouvertement le cas. C’était le plus souvent une pression populaire plus ou moins large et plus ou moins forte.

Dans le cas que vous citez (« autant en emporte le vent »), une partie du public reprocha au film de passer sous silence l’esclavagisme et d’idéaliser la société des états du sud. On peut être d’accord ou non mais il s’agit d’avantage d’un changement de regard sur un œuvre que d’une censure.

J’y vois une différence car un changement d’opinion populaire peut déclencher un débat et arriver sur un compromis. Dans le cas de ce film par exemple, il est de nouveau disponible et est accompagné d’une contextualisation historique en introduction. Il n’y a pas d’appel et souvent pas de débat lorsque l’on parle de censure par la puissance publique.

Il faut aussi imaginer que dans certains états, l’enseignement de l’histoire de la guerre de Sécession a été très édulcoré et que l’esclavage n’est pas présenté comme l’élément central. Je pense que dans ce contexte avoir des débats et proposer des mises en perspectives est plus sain qu’une mise au ban.

De la même manière je pense qu’une discussion sur l’âge auquel des livres évoquant la sexualité sont accessibles est la marque d’un système qui fonctionne.

Pour le dire en peu de mots, je ne mets pas sur le même pied la censure et les conséquences de l’évolution des mentalités. Cela ne veut pas dire pour autant que je suis toujours en accord avec ces dernières.

Vous vivez aux Etats-Unis et savez que Trump a notamment été élu pour sa position isolationniste (donc pour la paix), va-t-il perdre des électeurs avec la guerre qu’il a provoquée en Iran ?

C’est ce que les sondages suggèrent. Il s’était engagé à ne pas se lancer dans des interventions extérieures de changement de régime. Il a déjà perdu des soutiens politiques (Majorie Taylor Green) et des relais en ligne chez les influenceurs (Joe Rogan ou Megyn Kelly par exemple).

Le plus coûteux politiquement c’est que cette guerre ajoute à l’inflation qui ne baisse pas. Les prix devaient baisser au premier jour de son mandat selon ses promesses de campagne. C’est un élément particulièrement important pour les électeurs indépendants qui sont portés par le portefeuille plutôt que par les idées.

Le dernier point c’est qu’il n’y a pas eu de préparation de l’opinion publique. La guerre du Golfe avait été vendue aux Américains pendant plusieurs mois avant l’invasion en 2003. Par ailleurs la création d’une coalition internationale lui avait donné une certaine légitimité. Dans le cas actuel, il n’y a pas eu de communication en amont et les raisons de l’intervention n’ont cessé d’évoluer : soutien à Israël, élimination du programme nucléaire de l’Iran ou encore changement de régime.

À noter que l’intervention pour mettre un terme au programme nucléaire est en contradiction avec le discours de l’administration Trump qui après les frappes précédentes avait annoncé l’oblitération des capacités iraniennes. Les deux autres raisons avancées sont très impopulaires chez les MAGA. Ce qui contribue à la déchirure car les républicains traditionnels sont très favorables à la défense d’Israël.

Pensez-vous que tous les courants de pensée et combats outre atlantique se propagent systématiquement en Europe ?

Je pense que beaucoup de débats sont importés ou repris du fait de la mondialisation médiatique. On peut le voir à travers l’influence du groupe Murdoch (propriétaire de Fox News) au Royaume-Uni ou tout simplement à travers les réseaux sociaux.

Il y a toutefois des différences sociétales et juridiques qui freinent cette dynamique. La définition de la liberté d’expression est très différente de chaque côté de l’atlantique. Aux USA, c’est un absolu qui connaît peu de limites. En conséquence, la jurisprudence concernant la diffamation rend le discours très permissif. Il y a bien d’autres garde-fous en Europe comme l’incitation à la haine, l’apologie de l’holocauste, l’apologie du terrorisme et tant d’autres qui encadrent la parole. C’est par ailleurs un reproche que le vice-président JD Vance avait formulé à l’égard de l’Europe lors de la conférence de Munich en 2025.

Mais les transferts ne sont pas à sens unique. À droite, le grand remplacement est une théorie née en France et qui est très largement reprise par le mouvement alt-right. À gauche, la relecture américaine du corpus philosophique postmoderne baptisé « French Theory » a donné naissance à certaines disciplines universitaires (études sur le genre et études postcoloniales notamment) qui sont maintenant associées au dénommé « wokisme ».

Comment envisager la fin du Trumpisme ?

Quand je pense à la fin du Trumpisme, je pense à deux choses : la relève du mouvement ici aux USA et son impact à l’échelle mondiale.

Quant à la première dimension, il n’y a pas d’héritier clair pour reprendre le flambeau. Certains républicains se préparent à incarner un retour au conservatisme traditionnel comme Marco Rubio (secrétaire aux affaires étrangères) ou Thomas Massie par exemple. Cependant si l’opinion à droite se porte de nouveau vers des politiques plus traditionnelles, on peut imaginer que cela se fera en opposition à Trump. Auquel cas ces politiciens devront s’assurer de ne pas être trop entachés par leurs relations avec l’administration Trump.D’autres essaient de faire du Trump. On peut penser au gouverneur du Texas, à celui de la Floride ou encore au Vice-Président. Pour eux, c’est une question de charisme. Ils n’ont pas aux yeux du public la même stature.

Il reste ensuite les personnalités qui promeuvent des idées alignées. Don Junior essaie de se positionner dans ce couloir, en adoptant la même communication provocatrice et l’approche clanique, mais pour l’heure il n’a pas la même aura. Tucker Carlson, ancien présentateur sur Fox News qui anime désormais un podcast, est probablement plus crédible dans ce registre. C’est une célébrité et il défend un doctrine America First claire (anti-wokisme, isolationnisme etc.).

Dans sa forme de gouvernance le Trumpisme concentre les pouvoirs au sein de l’exécutif. La guerre en Iran en est l’exemple. Constitutionnellement seul le congrès peut déclarer la guerre. Ce qui n’a pas pour autant empêché Trump d’engager les bombardements. Avec la fin du Trumpisme, si les démocrates reprennent le pouvoir, un rééquilibrage vers le parlementaire et un plus grand encadrement de l’exécutif sont très probables.

Pour moi, la seconde dimension est beaucoup plus compliquée à penser. Le Trumpisme c’est quoi ? Une concentration du pouvoir (on en a parlé) ; un isolationnisme commercial qui résonne avec un dédain pour le multilatéralisme ; un interventionnisme militaire qui résonne avec ce même dédain ; un anti-progressisme sur les sujets sociaux ; un clientélisme multiscalaire (au sein des USA pour l’économie et la justice, entre États etc.) ; une communication qui relève du trolling…

J’ai probablement oublié certaines choses mais avec cette décomposition, il est clair que sur certains thèmes la boîte de Pandore ne pourra être refermée.

L’ordre international commercial et diplomatique est mort. La mondialisation agonise et les institutions comme l’ONU ou l’OMC n’ont plus de rôle à jouer. On le voit avec la reconstruction de Gaza qui au lieu d’être orchestrée par l’ONU, doit l’être par le Board Of Peace dirigé par Trump.

Le monde se fragmente et on retourne à l’idée de puissances et de sphères d’influence. Les interventions américaines risquent d’inciter d’autres États à agir. Des conflits pour établir plus clairement les frontières au sein de ces zones sont donc très envisageables.

Sur les sujets sociaux comme sur la communication politique, je pense que tout dépendra de la place des réseaux sociaux. Si l’on reste sur la dynamique actuelle on peut aller vers une polarisation accentuée et de la violence verbale voire physique dans la vie publique. Si on considère que les réseaux sociaux doivent être réglementés au même titre que la presse, alors la protection contre la diffamation ou l’égalité des temps de parole doivent être repensés dans ce contexte.

Comme vous le voyez, ma réflexion part dans plusieurs directions car pour le dire simplement, le Trumpisme a déclenché un chaos qui va perdurer jusqu’à ce que le système mondial retrouve un équilibre.

Le marché peut-il reprendre le dessus sur les frontières ?

Comme je l’ai dit avant, je pense que la mondialisation agonise. Il n’y a de facto plus de libre circulation des biens (droits de douane et réglementation) ou des personnes (restrictions des visas de travail). Il reste la libre circulation des capitaux. Mais je ne vois pas comment cela peut continuer vu le contexte géopolitique.

Le repli américain devrait entraîner une dé-dollarisation de l’économie mondiale. Une crise de la dette américaine, très probable vu les budgets actuels, ne ferait que l’accélérer. Lorsque cet abandon du dollar prendra forme, il serait logique que le gouvernement américain restreigne la circulation des capitaux.

Par ailleurs, l’instabilité au Moyen-Orient va probablement déclencher des mouvements de population amenant à plus de contrôle des frontières.

Plus je pense à votre question, plus j’envisage un monde plein de frontières. À l’échelle de l’Europe, reste à savoir desquelles on parle, celles des États membres ou celle de l’union. Pour ma part, je pense qu’une intégration européenne plus forte pourrait être un abri face à la tempête économique et géopolitique qui s’annonce.

Quid de votre personnage de Gavin ? Est-il symptomatique de l’attitude trouble de beaucoup d’Américains ?

J’ai en partie pensé mes personnages comme des personnifications en lien avec la déchirure du tissu social américain. Vous avez Richard et sa famille, qui portent des valeurs traditionnelles. Ils sont d’abord pris en otage par la radicalisation du parti républicain et la détérioration du discours publique (incarné par le personnage de Chuck). Vous avez John au centre qui cherche simplement à vivre, à se reconstruire et à se tenir à l’écart de l’hyper-politisation ambiante. Il est finalement entraîné par sa petite amie, Alicia, qui milite pour la justice sociale.

Gavin, lui, représente une sorte de nihilisme mercantile et opportuniste. Il profite cyniquement du mouvement MAGA pour s’enrichir (sites de fake news, ventes de T-shirts etc.). Il ne s’attache à aucune valeur, ne croit pas au concept de vérité. D’ailleurs son pseudonyme en ligne est un jeu de mots sur le sophisme. Il peut être comparé à certains électeurs de Trump qui ont voté pour lui dans l’espoir de politique pro cryptomonnaie ou d’autres gains en bourse. Il peut aussi être relié à l’attitude des géants de la technologie vis-à-vis du Trumpisme. D’ailleurs dans le prologue il finit dans la Silicon Vallée.

A lire : 
Le Cauchemar américain par Nathan Juste,
2024, 261 pages, 19€90 

Anthologie d’un soupir sur Marie-Antoinette de Marianne Vourch

Anthologie d’un soupir — Silence à quatre temps : portrait musical de Marie-Antoinette

Par Bérine Pharaon

Portrait en musique de Marie-Antoinette de Marianne Vourch plonge le lecteur, qu’il soit spécialiste ou grand public, au cœur du XVIIIᵉ siècle européen, à la cour de France, où la dauphine, devenue reine, se tient à la croisée des passions intimes et des contradictions d’étiquette.

Entre la vie familiale de Schönbrunn et le faste de Versailles, Marie-Antoinette se révèle femme d’émotions et d’élans, traversée par une vie où grandeur et fragilité se répondent sans cesse. Éprise d’arts et préservée longtemps des affaires politiques, Marie-Antoinette trouve un sanctuaire dans un mécénat sincère, affirmant sa singularité et son droit à vivre selon ses désirs. Son éducation et son goût pour la musique, la danse, l’opéra et le théâtre aboutissent à des initiatives concrètes, transformant son entourage en espace de création et d’émancipation. Jardins, concerts, théâtres et Trianon deviennent des refuges où elle trouve inspiration et liberté.

Des extraits choisis de Mozart, Gluck, Haydn et de nombreux autres compositeurs jalonnent et tissent cet univers sonore aristocratique . Au-delà des mots, et semblable à l’esprit de l’ineffable « je-ne-sais-quoi » des émotions et du temps musical, du philosophe Vladimir Jankélévitch, l’ autrice restitue avec élégance, la complexité d’une femme de désirs et de quêtes, à la fois vraie, trahie et digne.

Le précieux portrait en musique de Marie-Antoinette s’impose comme une anthologie du soupir, où rythmes, humanité et force féminine universelle s’entrelacent, face à un destin tragique .

Portrait en musique de Marie-Antoinette, Marianne Vourch, Éditions Vilanelle, 2025.

« Bioutifoul Kompany » de Frédéric Vissense, le monde du travail chamboulé

Un roman… peut-être même un pamphlet… voire un essai sociologique… Bioutifoul Kompany est un véritable OLNI : objet littéraire non identifié. Décryptage.

Nous ne pourrons bientôt plus appréhender de la même façon les sujets d’emploi, de compétences et de recrutement. Certains thèmes prendront de l’ampleur, là où d’autres seront à minimiser. A nous de savoir anticiper l’imprévisible en fonction de ce que nous connaissons déjà.

Une histoire de l’avenir

L’humour n’est pas le principal à retenir du livre de Frédéric Vissense. Certains passages sont effectivement drôles, mais l’essentiel est ailleurs et beaucoup plus sérieux, puisque chacun d’entre-nous aura souvenir d’une des scènes racontées dans Bioutifoul Kompany, à tout le moins connaissons-nous quelqu’un en ayant vécues une, ou avons-nous envisagé pouvoir y être confronté un jour. Le plus distrayant n’est donc pas l’humour, mais bel et bien la prescience du narrateur à travers l’aventure collective qu’il dépeint comme un inévitable déclin.

Frédéric Vissense dévoile la manière dont (selon lui) évolueront les rapports entre subalternes et dirigeants… les divers mutations professionnelles… les formes qu’elles prendront… les changements de paradigmes… l’emprise croissante de la technologie et des idéologies… autant de métamorphoses qui vont chahuter notre quotidien et bouleverser nos vies. Ainsi, Bioutifoul Kompany propose-t-il une hypothèse de réflexions (presqu’un avertissement) sur ce que pourrait devenir le monde du travail d’ici 2050… ou avant. Peut-être même tout cela existe-t-il déjà et faudrait-il « se préparer à la résistance, du moins : à la prise de conscience de notre déchéance prochaine » *.

Entre patronat et salariat

Une multitude de personnages évoluent dans cette théorie entrepreneuriale futuriste.  Il y a bien entendu le narrateur, puis un intervenant nommé Le Philosophe, également l’iconoclaste Doktor Stürmer, s’y ajoutent les numérotés : Toby Ier… Robert II… John III…, suivis de Fifi, du Directeur Général adjoint et du Directeur Général tout court ; un bestiaire au sens propre (celui des gladiateurs qui combattaient la férocité) grâce auquel se dessine notre avenir professionnel tel qu’il est envisageable de l’imaginer à partir de ce que l’on sait du monde actuel. En fait, l’auteur taquine le lecteur.

Certaines phrases engagent des images parfois surréalistes : « Le Coca-Cola était humide » … parfois amusantes : « Les odeurs de transpirations stagnant à nos côtés, comme l’encens de synthèse d’un culte de bas étage ; » … parfois lucides : « Fifi n’avait pas tort. Nous étions certes des personnages secondaires, dépourvus de caractéristiques héroïques ou managériales, relégués aux marges des organigrammes, et cependant : nous étions quand même des êtres de chair et d’os, et non des spectres de pâleur et d’échos ;  » … avant que l’histoire ne s’achève par une allégorie en miroir, rappelant qu’au XVIIe siècle, les membres de l’Académie royale de peinture de Paris débattirent de la prééminence supposée du dessin (le patronat) sur la couleur (la salariat) : « Le trait serait le prolongement de l’esprit, la matérialisation de l’idée en peinture ; le coloris, lui, consacrait l’autonomie de l’art par rapport à toute justification idéologique ou théorique. »

Le terreau d’une réflexion globale

Au début du XIXe siècle, l’économiste anglais David Ricardo envisageait la technologie devoir un jour supplanter l’homme ; idem pour Marx quelques décennies plus tard, alors qu’à la même époque certain(e)s ouvrier(e)s du textile détruisaient leurs machines destinées à les remplacer. L’un des aspects du livre de Frédéric Vissense est sa capacité à faire triple écho entre hier, aujourd’hui et demain. Il sous-entend la question fondamentale qui effraye : et si les machines (aujourd’hui l’Intelligence Artificielle) devenaient concurrentielles avec la main d’œuvre et l’intellect humain au point de tous nous remplacer ! Dans ces conditions, quelle sera la variable sociale ajustable ?

Le management toxique dont il est également question, sera-t-il partie prenante de la réduction à venir des effectifs qui, dès lors, ne passeront plus par le licenciement, mais par une pression psychologique progressive visant à pousser naturellement les salariés vers la sortie ? C’est de tout cela dont il est question de Bioutifoul Kompany. L’histoire racontée par Frédéric Vissense expose comment des progrès techniques stupéfiants sont déjà en train de chambouler le travail, en conséquence de quoi suivront les bouleversements de nos loisirs, de l’éducation, la santé, les cultures et les systèmes politiques ; peut-être aussi comment des mœurs, aujourd’hui considérées comme scandaleuses, seront un jour admises. Un livre étrange. Surprenant. Malaisant tant il parait indispensable après l’avoir lu.

Les passages en italique sont extraits du livre.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Mars 2026 –Esperluette Publishing & Bretagne Actuelle

BIOUTIFOUL KOMPANY, un livre de Frédéric Vissense aux éditions La Route de la Soie – 485 pages – 27,00 €

« Comment une gifle trace un destin » : Christian Brûlard dans Saisons de culture

La géométrie de la rancœur : comment une gifle trace un destin

Par Erwan d’Harmental

Christian Brûlard signe avec Sans excuse un roman sec, implacable, où une gifle banale devient l’axe d’une vie entière. Fabien, 12 ans, humilié par son frère sous le regard complice de son père et le silence de sa mère, transforme cette blessure en programme de silence et de discipline. De la table familiale au commissariat, du foyer éducatif au tribunal, Brûlard raconte pas à pas la trajectoire d’un enfant qui refuse le pardon. Entre récit judiciaire et parabole morale, ce texte s’inscrit dans la lignée de Vallès, Renard ou Camus : l’enfance humiliée comme matrice d’un destin.

Une scène inaugurale qui fracture le monde

Tout commence « à l’initial » par « une gifle lourde, soutenue, appuyée ». Sylvain, le frère aîné, corrige Fabien sur une piste d’auto-tamponneuses. Le père approuve, la mère détourne le regard. Fabien encaisse « muet de rage et d’incompréhension ». Dès lors, la famille bascule : « père et fils aîné au recto, sa mère et lui au verso. »

Cette gifle est moins un geste qu’une topographie : elle redessine les rapports, installe l’enfant au revers du monde familial. Comme l’écrivait Jules Vallès dans L’Enfant, « une gifle suffit à faire un révolté ».

Le corps comme plan de revanche

Fabien ne se révolte pas par des cris : il se mure. Il quitte le football, choisit la musculation, s’inscrit au taekwondo : « Je veux le muscle », dit-il. Chaque soir, il prépare son sac, anticipe la semaine, révise ses leçons. « Chaque soir, il prépare et se prépare pour le matin à venir », note Brûlard.

Ce projet rappelle Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir, qui transforme sa rancune sociale en ascèse intellectuelle. Chez Fabien, l’ascèse est corporelle : le muscle remplace le verbe. La rancune devient géométrie, discipline, plan.

Le silence est une arme

Plus que son entraînement, c’est son mutisme qui intrigue. Fabien cesse d’embrasser sa mère, répond à peine à son père. Aux éducateurs, il oppose des monosyllabes. Lorsqu’un psychologue lui demande : « Qu’as-tu ressenti quand tu as frappé ton frère ? », il répond : « Rien. »

Ce « rien » est l’équivalent littéraire d’un mur. Le roman se construit autour de ce refus de langage. Albert Camus rappelait dans Le Mythe de Sisyphe : « Se taire, c’est aussi une manière de dire non. » Fabien incarne ce non obstiné.

Du repas au commissariat : le passage à l’acte

Un soir, lors d’un dîner banal, une pique de Sylvain déclenche l’explosion. Fabien frappe son frère violemment. Sylvain chute, se blesse, est hospitalisé. La police intervient.

Conduit au commissariat, Fabien découvre la machine judiciaire : « Pour la première fois, il ne maîtrisait plus rien. » La cellule, la paillasse, les néons : tout échappe à sa discipline. Lorsqu’on lui demande : « Pourquoi avoir frappé ton frère ? », il répond : « Parce qu’il m’a humilié. »

Cette confrontation rappelle Kafka : le geste intime traduit en « violences aggravées sur mineur ».

Le foyer éducatif : obéissance glaciale

Le juge des enfants ordonne un placement. Au foyer, Fabien se conforme à tout. Les éducateurs le décrivent comme « obéissant, discipliné, mais mutique ». Il étudie, s’entraîne, ne trouble jamais l’ordre. Mais rien ne transparaît.

Une éducatrice résume : « Tu fais tout bien, mais tu ne dis rien. » Eugénie, la grand-mère, lui écrit des lettres de pardon : il les lit, mais ne répond pas. Honorine, la cousine infirmière, s’inquiète : « Il s’enferme. »

La mécanique familiale se rejoue : les adultes parlent, exhortent, supplient. Fabien reste opaque.

Eugénie et Honorine : l’illusion d’un refuge

Deux femmes incarnent, dans ce récit saturé de silences, un possible chemin de traverse. Eugénie, la grand-mère pieuse, voit chez Fabien autre chose qu’une faute : une quête d’absolu. Honorine, la cousine infirmière, se croit investie d’une mission de sauvetage. La scène où Fabien, à table, demande à être adopté par Eugénie, est l’un des moments les plus forts du livre : un instant suspendu, aussitôt refermé par un silence collectif que Brûlard décrit comme « absence de courage ».

On pense ici aux grandes scènes familiales chez Balzac, où chacun calcule au lieu de s’avancer. Mais chez Brûlard, ce possible refuge se dissout : Eugénie reste impuissante, Honorine se brise contre « les chemins tracés par la loi ». L’horizon se réduit, et la mécanique familiale reprend son empire.

Le jugement : un monosyllabe pour verdict

Au tribunal, le juge tente une dernière fois : « Regrettes-tu ? » — « Non. »

Tout le livre est là : un refus nu, qui défie la justice autant que la famille.

Le magistrat tranche : placement éducatif prolongé, sans incarcération. Fabien reprend sa routine. Brûlard conclut : « Il n’avait rien oublié, rien pardonné. »

On songe à Meursault dans L’Étranger : condamné non seulement pour son geste, mais pour son refus d’endosser le rôle attendu de l’accusé repentant.

Un roman de la rigueur et du refus

Brûlard écrit sec, sans pathos. Pas d’explication psychologique, mais une suite de constats : une gifle, un silence, un coup, une cellule. Cette sécheresse narrative rend le récit implacable.

En cela, Sans excuse se situe dans la lignée de Jules Renard (Poil de Carotte), de Vallès (L’Enfant), ou d’Ernaux (La Place) : l’enfance comme lieu d’humiliation. Mais Brûlard franchit une étape : l’humiliation ne mène pas au récit réparateur, elle mène au mutisme et au drame judiciaire.

« Les blessures d’enfance gouvernent toute une vie », écrivait Paul Valéry. Fabien en est la démonstration : sa vie se réduit à la géométrie d’une rancune, tracée par une seule gifle.

« la musique en interaction avec l’Histoire » Marianne Vourch dans Bretagne actuelle

Le XVIIIe siècle est assurément celui des premiers grands mélomanes. Dans un portrait en musique de Marie-Antoinette, Marianne Vourch nous fait découvrir les goûts musicaux de la plus célèbre Reine de France.

 

Ce livre est formidable. D’une part, il réhabilite culturellement la plus célèbre reine de France ; en outre, il se pose au-dessus des basses polémiques concernant la vie de Marie-Antoinette d’Autriche ; au reste, il s’agit d’un portrait accessible à tous, permettant d’initier les jeunes et leurs ainés à une figure incontournable de l’Histoire, grâce au souffle intemporel de la musique classique.

Portraits en musique

Marianne Vourch est coutumière des biographies musicales. Outre ses nombreuses émissions sur France Musique, on lui doit la création des éditions Villanelle, chez qui elle a publié quantité de livres-disques pour enfants racontant moult compositeurs, tels Chopin… Mozart… Tchaïkovski… Vivaldi… et tant d’autres ; ainsi qu’une collection autour du Journal intime de…, mettant en scène le parcours de chanteurs, danseurs et musiciens divers sous la forme d’un journal intime apocryphe publié simultanément en livre et en podcast sur France Musique. De cette façon peut-on découvrir (entre autres) la vie de Bach… Léonard Bernstein… Edith Piaf… Nina Simone… ou Rudolf Noureev.

La nouvelle collection des éditions Villanelle traite de Portraits en musique. Le premier tome est consacré à Marie-Antoinette. Il s’agit de raconter l’existence de la plus célèbre Reine de France à travers les compositions de l’époque et ses propres goûts musicaux ; car, n’en déplaise aux républicains bas du front, l’épouse de Louis XVI était une mélomane avertie. De sa tendre enfance autrichienne à sa triste montée sur l’échafaud, elle fut curieuse de découvrir les mélodies qui firent l’enchantement des cours européennes de la fin du XVIIIe siècle, parmi lesquels celles de Joseph Haydn… Jean-Baptiste Lully… Jean-Philippe Rameau… Antonio Vivaldi… et, bien entendu, son compatriote Mozart.

Un peu d’histoire

Marie-Antoinette manifesta très tôt un intérêt dans le domaine des arts. Elle meubla et décora ses appartements de Versailles et Trianon avec un raffinement et une rare implication pour une souveraine. Afin de satisfaire son goût prononcé du spectacle : théâtre… musique… opéra… Louis XVI chargea l’architecte Richard Mique de lui édifier un véritable théâtre au sein du château de Versailles ; il s’agit d’un espace lyrique privilégié, habilement dissimulé derrière les frondaisons par une entrée discrète. Les travaux furent achevés au printemps 1780 et l’inauguration eut lieu le 1er juin de la même année. De 1780 à 1785, Marie-Antoinette usa de son Petit Théâtre de deux façons. Commanditaire de spectacles, la Reine sollicita des œuvres qui témoignaient de son goût pour la musique de son temps : elle fit jouer Gluck, Grétry, Sacchini, et Le Barbier de Séville de Giovanni Paisiello, créé à Saint-Pétersbourg devant Catherine II, il fut interprété pour la première fois en France à Trianon en 1784.

Des anecdotes à profusion

Le livre de Marianne Vourch commence aux adieux à l’Autriche, lorsque la jeune Marie-Antoinette quitte Vienne pour Paris, elle écoute alors Mozart et Haydn, pour s’achever le mercredi 16 octobre 1793, jour de sa décapitation place de la Révolution – ex place Louis XV et actuelle place de la Concorde. Le livre est ponctué d’anecdotes racontant maints détails historiques avec un petit air curieux et passionnant. Par exemple, lorsque la Reine traversa Paris pour la dernière fois, le peintre Jacques-Louis David l’attendit à un angle de la rue Saint-Honoré. « Il l’aperçoit, assise dans une charrette, vêtue d’un déshabillé blanc et d’un fichu de mousseline croisé sous le menton (…). David, antimonarchiste, annote froidement son esquisse, inscrivant ces mots : « Marie-Antoinette allant à l’échafaud, dessin de David le peintre, l’un de ses juges. » *

Autre anecdote pittoresque. Les femmes de l’époque ne jouaient jamais d’instrument à vent, car, disait-on, le souffle risquait de déformer les traits de leur visage. La Reine « pratiquait (donc) le chant, le clavecin – le piano n’existait pas encore – et le ballet, mais la harpe était son instrument favori. »* ; Ce Portrait en musique de Marie-Antoinette regorge d’historiettes qui en font le sel ; un livre adapté à tous les âges, avec un QR code fort utile qui, sans nul doute, séduira les plus jeunes. Il permet un accès numérique gratuit à une lecture musicale au format audiolivre : soixante-dix minutes lues par l’auteur, facilitant les écoutes familiales ou en groupe pour une meilleur transmission didactique.

L’élégance des belles choses

Marianne Vourch a en elle l’élégance des belles choses. Elle replace la musique dans son véritable contexte : celui de tous les jours, dans une interaction continue avec l’Histoire. Outre sa maison d’édition, ses livres et ses émissions de radio, elle propose des rencontres thématiques. Chacun de ses rendez-vous dévoile les mystères des partitions, mais aussi les liens indéfectibles entre l’histoire de la musique, des hommes et des arts. Ce sont des instants de poésie, d’émotions et de découvertes autour des mots, des sons et des regards dans le cadre exceptionnel de la salle Cortot – Paris XVII. Les prochaines rencontres auront lieu le samedi 28 mars 2026 à 15h, il s’agira d’y découvrir le royaume des fées en écoutant les cinq pièces de Ma mère l’Oye pour piano à quatre mains de Maurice Ravel ; également le samedi 16 mai, avec au programme le cygne blanc de Tchaïkovski, en l’écoute de son célèbre Lac des cygnes. Et c’est chaque fois passionnant. Toutes générations confondues.

Passage extrait du livre.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Février 2026 –Esperluette Publishing & Bretagne Actuelle

Portrait en musique de Marie-Antoinette – Un livre de Marianne Vourch aux éditions Villanelle – 111 pages couleur – 19,90 €

« Marianne Vourch a l’élégance des belles choses » (Tribune juive) –

« Portrait en musique de Marie-Antoinette ». Un livre de Marianne Vourch. Par Jérôme Enez-Vriad

Le XVIIIe siècle est assurément celui des premiers grands mélomanes. Dans un portrait en musique de Marie-Antoinette, Marianne Vourch nous fait découvrir les goûts musicaux de la plus célèbre Reine de France.

Ce livre est formidable. D’une part, il réhabilite culturellement la plus célèbre reine de France ; en outre, il se pose au-dessus des basses polémiques concernant la vie de Marie-Antoinette d’Autriche ; au reste, il s’agit d’un portrait accessible à tous, permettant d’initier les jeunes et leurs ainés à une figure incontournable de l’Histoire, grâce au souffle intemporel de la musique classique.

Portraits en musique

Marianne Vourch est coutumière des biographies musicales. Outre ses nombreuses émissions sur France Musique, on lui doit la création des éditions Villanelle, chez qui elle a publié quantité de livres-disques pour enfants racontant moult compositeurs, tels Chopin… Mozart… Tchaïkovski… Vivaldi… et tant d’autres ; ainsi qu’une collection autour du Journal intime de…, mettant en scène le parcours de chanteurs, danseurs et musiciens divers sous la forme d’un journal intime apocryphe publié simultanément en livre et en podcast sur France Musique. De cette façon peut-on découvrir (entre autres) la vie de Bach… Léonard Bernstein… Edith Piaf… Nina Simone… ou Rudolf Noureev.

La nouvelle collection des éditions Villanelle traite de Portraits en musique. Le premier tome est consacré à Marie-Antoinette. Il s’agit de raconter l’existence de la plus célèbre Reine de France à travers les compositions de l’époque et ses propres goûts musicaux ; car, n’en déplaise aux républicains bas du front, l’épouse de Louis XVI était une mélomane avertie. De sa tendre enfance autrichienne à sa triste montée sur l’échafaud, elle fut curieuse de découvrir les mélodies qui firent l’enchantement des cours européennes de la fin du XVIIIe siècle, parmi lesquels celles de Joseph Haydn… Jean-Baptiste Lully… Jean-Philippe Rameau… Antonio Vivaldi… et, bien entendu, son compatriote Mozart.

Un peu d’histoire

Marie-Antoinette manifesta très tôt un intérêt dans le domaine des arts. Elle meubla et décora ses appartements de Versailles et Trianon avec un raffinement et une rare implication pour une souveraine. Afin de satisfaire son goût prononcé du spectacle : théâtre… musique… opéra… Louis XVI chargea l’architecte Richard Mique de lui édifier un véritable théâtre au sein du château de Versailles ; il s’agit d’un espace lyrique privilégié, habilement dissimulé derrière les frondaisons par une entrée discrète. Les travaux furent achevés au printemps 1780 et l’inauguration eut lieu le 1er juin de la même année. De 1780 à 1785, Marie-Antoinette usa de son Petit Théâtre de deux façons. Commanditaire de spectacles, la Reine sollicita des œuvres qui témoignaient de son goût pour la musique de son temps : elle fit jouer Gluck, Grétry, Sacchini, et Le Barbier de Séville de Giovanni Paisiello, créé à Saint-Pétersbourg devant Catherine II, il fut interprété pour la première fois en France à Trianon en 1784.

Des anecdotes à profusion

Le livre de Marianne Vourch commence aux adieux à l’Autriche, lorsque la jeune Marie-Antoinette quitte Vienne pour Paris, elle écoute alors Mozart et Haydn, pour s’achever le mercredi 16 octobre 1793, jour de sa décapitation place de la Révolution – ex place Louis XV et actuelle place de la Concorde. Le livre est ponctué d’anecdotes racontant maints détails historiques avec un petit air curieux et passionnant. Par exemple, lorsque la Reine traversa Paris pour la dernière fois, le peintre Jacques-Louis David l’attendit à un angle de la rue Saint-Honoré. « Il l’aperçoit, assise dans une charrette, vêtue d’un déshabillé blanc et d’un fichu de mousseline croisé sous le menton (…). David, antimonarchiste, annote froidement son esquisse, inscrivant ces mots : « Marie-Antoinette allant à l’échafaud, dessin de David le peintre, l’un de ses juges. » *

Autre anecdote pittoresque. Les femmes de l’époque ne jouaient jamais d’instrument à vent, car, disait-on, le souffle risquait de déformer les traits de leur visage. La Reine « pratiquait (donc) le chant, le clavecin – le piano n’existait pas encore – et le ballet, mais la harpe était son instrument favori. »* ; Ce Portrait en musique de Marie-Antoinette regorge d’historiettes qui en font le sel ; un livre adapté à tous les âges, avec un QR code fort utile qui, sans nul doute, séduira les plus jeunes. Il permet un accès numérique gratuit à une lecture musicale au format audiolivre : soixante-dix minutes lues par l’auteur, facilitant les écoutes familiales ou en groupe pour une meilleur transmission didactique.

L’élégance des belles choses

Marianne Vourch a en elle l’élégance des belles choses. Elle replace la musique dans son véritable contexte : celui de tous les jours, dans une interaction continue avec l’Histoire. Outre sa maison d’édition, ses livres et ses émissions de radio, elle propose des rencontres thématiques. Chacun de ses rendez-vous dévoile les mystères des partitions, mais aussi les liens indéfectibles entre l’histoire de la musique, des hommes et des arts. Ce sont des instants de poésie, d’émotions et de découvertes autour des mots, des sons et des regards dans le cadre exceptionnel de la salle Cortot – Paris XVII.

Les prochaines rencontres auront lieu le samedi 28 mars 2026 à 15 heures, il s’agira d’y découvrir le royaume des fées en écoutant les cinq pièces de Ma mère l’Oye pour piano à quatre mains de Maurice Ravel ; également le samedi 16 mai, avec au programme le cygne blanc de Tchaïkovski, en l’écoute de son célèbre Lac des cygnes. Et c’est chaque fois passionnant. Toutes générations confondues.

* Passage extrait du livre.

© Jérôme Enez-Vriad

© Février 2026 –Esperluette Publishing & Tribune Juive

« Portrait en musique de Marie-Antoinette »

Un livre de Marianne Vourch

Éditions Villanelle

111 pages couleur – 19,90 €

Éditions Villanelle : https://editions-villanelle.com

Salle Cortot : https://sallecortot.com

Alphonse, une vraie ode au rêve et à la poésie dans Wukali

Alphonse et le songe premier un conte francophone et initiatique d’Othman Ihraï

Alphonse est un jeune singe poète. Pour accéder au sommet de son art, il décide de partir de la forêt pour aller dans la ville afin de voir les hommes. Quel choc : tout est gris, maussade, les humains ne sont pas sympathiques, toujours pressés, toujours tristes, ils se servent d’argent pour les échanges ! Ce qu’il va découvrir le changera à jamais.

Alphonse est l’archétype du conte initiatique. Le héros fait des rencontres qui vont le faire évoluer. Des rencontres positives comme Horace et son guembri (un instrument de musique africain), Prosper le vendeur de déguisement, ou le squelette avec une chaussette trouée. Mais aussi d’autres rencontres mais très négatives telle celle avec Bobby Bonbec, le vendeur de nénuphars acidulés, et surtout les membres de la société des grandes personnes qui se nourrissent de poésie et qui cherchent le songe premier pour palier la disparition de la ressource dont ils vivent.

Aussi, par la structure même de ce conte conçu en courts chapitres, chacun avec une morale de vie, comment ne pas penser au Petit Prince de Saint-Exupéry ? D’autant plus qu’il est illustré par de très beaux dessins des filles de l’auteur (en noir et blanc et non en couleur). Et même certains, je n’en doute pas, percevront bien des similitudes, des filiations avec le Cantique des oiseaux de Farid-ud-Dîn’Attâr.  Et ce, d’autant que l’écriture d’Othman Ihraï est bien plus marquée par les mélodies orientales qu’occidentales avec sa double culture franco-marocaine.

Alphonse et le songe premier, un conte qui sert à un spectacle pour les enfants qui comme l’œuvre de Saint-Exupéry s’adresse tant aux plus jeunes qu’aux adultes. La magie de ces contes est que la lecture que nous nous en faisons change suivant notre âge, notre expérience de vie, ce qui les rend en quelque sorte totalement intemporels. Alphonse est une vraie ode au rêve, à la poésie qui fait tant défaut dans nos sociétés matérialistes.

Nathan Juste : un premier roman qui fait penser sur « Le cauchemar américain »

Nathan Juste, Le cauchemar américain

L’auteur est Réunionnais qui a quitté son village de Sainte-Anne et son île après le bac pour étudier en Prépa à Paris, obtenir un Master de mathématiques financières de Paris Dauphine et un diplôme de statisticien économiste de l’ENSAE, École Nationale de la Statistique et de l’Administration Économique. Il a ensuite émigré aux États-Unis pour devenir statisticien dans le New Jersey. Il « s’est marié en Russie », dit-il, et a 42 ans.

Il s’est mis à écrire après un burn-out, comme il le confesse sur le site communautaire de la Réunion. La gestation a pris quatre ans pour accoucher d’un roman à deux voix, celles de deux jeunes garçons qui deviennent hommes en même temps que Trump parvient au pouvoir. Ils sont lambda, d’où leur noms, tirés du droit coutumier anglais où le plaignant inconnu est nommé John Doe, tandis que l’accusé anonyme est nommé Richard Roe. Dans son roman, Doe est le Démocrate et Roe le Républicain.

Ils sont des symboles incarnés des oppositions propres aux États-Unis entre progressistes, mais délirant woke, et conservateurs, mais fascinés par le suprémacisme raciste proche du nazisme. L’auteur pense que les débats de société américains sont souvent caricaturés en Europe. Probablement moins que les débats européens aux États-Unis, For Sure, comme disent les trompistes. Je m’inscris en faux : certes, une certaine presse comme C news ou certains réseaux ou blogs accentuent les contrastes, mais « l’honnête homme », comme on dit chez les libéraux, trouve aisément l’information et peut évaluer sans problème les enjeux. D’ailleurs, les niais qui ont voté Trompe se rendent compte, mais un peu tard, qu’ils ont élu un narcissique foutraque qui conduit l’Amérique à sa perte au prétexte de la sauver : il se retire du soft power sur le monde (ONU, Unesco, OMS, etc.) ; il insulte ses alliés (y compris Anglais dont il conteste – lui qui s’est défilé pour le service militaire – leur valeur en Afghanistan) ; il conteste l’utilité de l’Otan en déclarant que les Européens n’ont qu’à se débrouiller ; il laisse faire Poutine, qui veut envahir les territoires « acquis » par l’ex-URSS ; il agit en impérialiste prédateur au Venezuela, au Groenland, demain au Panama, au Canada, probablement à Cuba ; il envoie sa milice SA ICE traquer les Juifs immigrés dans les länder États démocrates ; il menace les juges, s’assoit sur le droit, complote une élection à vie… Non, ce n’est pas de la caricature, mais la triste réalité.

Pour autant, Rick élevé en petit frère toujours comparé à son détriment à son grand frère Tim brillant (« donc » de gauche ?), rêve de se valoriser auprès de son beauf de père (« évidemment » tradi) en adorant les armes (il lui a offert sa première carabine à 10 ans). Quittant le lycée sans poursuivre, après le divorce de sa mère qu’il supporte mal, Rick est un loser dans une Amérique hantée par le fric et l’ambition. Il se réfugie auprès de son ami harcelé Gavin, qui a créé des sites de désinformation où tout ce qui est scandaleux fait affluer les clics, donc attire la pub qui le rend riche. L’engrenage « politique » est là, dans ce mélange intime d’affairisme et d’idéologie à la mode. Trump lui-même s’empresse de faire du fric par son pouvoir de président. Rick ira jusqu’au Capitole le 6 janvier 2021, encouragé par le président battu mais qui conteste, son narcissisme trouvant inconvenant de ne pas être réélu, et tonnant contre le Complot des élites « pédophiles » (en niant ses liens avec le riche Epstein, amateur de très très jeunes filles qu’il partageait avec ses relations).

Quant à John, orphelin engagé dans l’armée, il en a tant vu en Irak qu’il en est resté post-traumatisé, un « vétéran » de 30 ans reconverti dans le photo-reportage de guerre pour l’adrénaline. Il nie les psys, mais a des cauchemars récurrent. Sa petite copine Alicia, gauchiste libérale au sens américain, court de manif en manif pour « dénoncer » sans résultat les tirs de la police sur les Noirs, les manifestations ouvertes des anti-avortement, des suprémacistes blancs. John la sort plusieurs fois de mauvais pas grâce à son entraînement. Il finira au Capitole, le fameux jour de l’émeute, une balle dans le bide tirée par un Rick aux abois qui voulait faire sauter une porte à l’explosif artisanal (recette trouvée sur le net) pour détruire les votes des Grands électeurs.

C’est toute l’Amérique récente qui est exposée par ces deux trajectoires, bien qu’on ressente peu d’empathie pour chacun des protagonistes. C’est le danger du roman moralisateur, qui prêche autant qu’il raconte. L’auteur pourtant français, biberonné à la littérature française tournée vers la psychologie, écrit plutôt à l’américaine, focalisé sur les faits (qui fait quoi et quand) plus que sur les motivations et l’histoire personnelle. Rick n’est pas un personnage sympathique ; John est un homme fade. Le premier est oppresseur sans le vouloir ; le second victime collatérale. En cause, le Système de croyances (bibliques, libertariennes, le lobby des armes), l’idéologie des fake news manipulées par la Tech, le communautarisme renfermé des « réseaux sociaux » manipulé par les bigots réactionnaires. En cela, ce roman montre les rouages de la machine à Tromper, chacun anodin, mais pour un engrenage fatal. Et qu’ils sont bêtes, ces gens de gauche anarchiques, pacifistes et braillards, face aux masses organisées, cultivant le corps et les armes, prêts à l’action pour leur président télévisuel hors limites !

Un premier roman qui, malgré ses manques, se lit agréablement et fait penser. J’en conseille vivement la lecture. A compléter, pour ceux qui veulent comprendre, par une analyse plus radicale et plus approfondie des groupes de droite qui soutiennent Donald Trump et son vice Vance.

Nathan Juste, Le cauchemar américain – ou l’affrontement de somnambules,autoédition Librinova 2024, 259 pages, €19,90, e-book Kindle €3,99 ou emprunt abonnement

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Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com