Actualités (NON EXHAUSTIF)

Prix de l’Académie Charles Cros (Fanny Ardant et Kiejman)

3346030016657.jpgLa maladie de la mort.jpg

Bonsoir,

C’est désormais officiel : dimanche 24 juin, à 17 h 30 Place Saint-Sulpice, l’Académie Charles Cros décernera exceptionnellement son Prix Coup de coeur – Parole enregistrée (Tout au long de l’année, les groupes de travail spécialisés de l’Académie écoutent les nouveaux disques au fur et à mesure qu’ils paraissent. Ils sélectionnent une fois par an (parfois une fois par semestre) les disques qui leur paraissent devoir tout particulièrement être portés à l’attention du public : excellence de l’interprétation, œuvres inédites, répertoires oubliés, nouveaux talents d’interprètes, audace ou courage éditorial sont autant de critères pris en compte pour se voir décerné un Coup de Coeur. Les disques sélectionnés comme Coups de coeur figurent automatiquement dans la présélection de disques soumis au vote des Grands Prix Charles Cros du palmarès annuel.) à DEUX oeuvres des Editions Des femmes, un CD et un DVD :

– Fanny Ardant pour son superbe livre audio « La maladie de la mort » de Marguerite Duras, qui appartient à notre collection Bibliothèque des Voix. (repris d’un spectacle créé à la scène du Théâtre de la Madeleine le 6 juin 2006)
– Maître Georges Kiejman pour son livre-DVD inaugurant notre collection Bibliothèque des Regards « Les grands procès de l’Histoire ». (affaire Caillaux, affaire Kravchenko, Procès Pétain racontés par un grand avocat, fabuleux orateur, qui aurait aussi bien pu être comédien)

A l’heure où l’oralité de la littérature est en vogue partout dans le monde et où les collections audio pullulent, il est nécessaire de rappeler qu’Antoinette Fouque a été en 1980 la pionnière de ce mode de transmission de la beauté : « Je voulais dédier ces premiers livres parlants à ma mère, fille d’émigrants, qui n’est jamais allée à l’école, et à ma fille qui se plaignait encore de ne pas arriver à lire, et à toutes celles qui entre interdit et inhibition ne trouvent ni le temps, ni la liberté de prendre un livre. Je crois que par l’oreille on peut aller très loin… On n’a peut-être pas encore commencé à penser la voix. Une voix, c’est l’Orient du texte, son commencement. La lecture doit libérer, faire entendre la voix du texte -qui n’est pas la voix de l’auteur-, qui est sa voix matricielle, qui est dans lui comme dans les contes le génie est dans le flacon. Voix-génie, génitale, génitrice du texte. Elle y est encryptée dirait Derrida, prisonnière dirait Proust. » Antoinette Fouque

Jolie soirée à vous, je vous joins comme d’habitude les deux argumentaires à ce courriel et je guette (adresse exclusive presse.desfemmes@orange.fr) vos désirs de réception pour chronique de l’une, l’autre ou les deux de ces parutions.

Lectures Patrizia Cavalli + Prix Académie Charles Cros

Buongiorno !

Un petit émile pour vous inviter à deux manifestations littéraires constituant l’actualité* la plus divertissante des Editions Des femmes à la fin du mois de juin…

1) L’une des plus grandes poétesses italiennes contemporaines, Patrizia Cavalli, sera de passage à Paris à la fin du mois. Vous pourrez assister à ses lectures de poèmes dans deux endroits singuliers à la culture italienne de Paris, à des dates différentes. Pour chacune des deux soirées, des pages du recueil « Mes poèmes ne changeront pas le monde », qui vient de paraître et auquel le célèbre Giorgio Agamben s’est montré réceptif au point de le préfacer, seront lues par Patrizia Cavalli, présentée par sa traductrice, Danièle Faugeras. Vous avez le choix entre participer à l’une, à l’autre ou deux de ces rencontres :
Mercredi 27 juin à 20 h à l’INSTITUT Culturel Italien, 73 rue de Grenelle, Paris 7ème. (téléphoner ABSOLUMENT pour s’inscrire au 01.44.39.49.39)
ET / OU
– Jeudi 28 juin à 19 h au CENTRE culturel Italien, 4 rue des Prêtres Saint-Séverin, Paris 5ème. (téléphoner éventuellement pour s’inscrire au 01.46.34.27.00)

(Ces deux soirées consécutives ne seront pas semblables. Pour ceux qui ne connaissent pas, l’Institut est plus « pompeux » – une splendeur totale, très luxueux – et la lecture devrait y avoir lieu en jardin. Le Centre (en fait, une école indépendante pour apprendre la langue de Dante) est plus « convivial », un verre de vin vous y sera offert et la discussion avec la poétesse plus aisée.)

2) De jeudi 21 à jeudi 24 juin, les Editions Des femmes disposeront d’un stand au 25ème Marché de la Poésie, Place Saint-Sulpice. http://poesie.evous.fr/ Dans le cadre de la 30ème Foire Saint-Germain, vous aurez l’occasion si vous nous rendez visite de vous faire par vous-même une idée de l’esprit et des livres de notre maison, puisqu’ils y seront tous exposés et à la vente. Ouverture à 14 h le jeudi, à 11h30 les autres jours, et très tard le soir (23 h, sauf le dimanche 20 h). Notez que le dimanche 24 juin, à 17h30, sera remis le prix Coup de coeur parole enregistrée de l’Académie Charles Cros, pour lequel « notre » Julie Debazac a été l’an dernier récompensée avec son « Stella » d’Anaïs Nin. http://www.charlescros.org/
En 2007, deux des productions des Editions Des femmes seront récompensées par cette institution de prestige : notre livre audio « La maladie de la mort » de Marguerite Duras lu par Fanny Ardant ET le DVD-livre de Maître Georges Kiejman, « Les grands procès de l’Histoire ».

Bien à vous,

* (quand l’actualité sérieuse et essentielle est la sortie de « Gravidanza », le second tome de l’essai de féminologie d’Antoinette Fouque)

Retrouver le goût de vivre (Hacina Zermane dans La Bourse)

La Bourse
Séance du lundi 18 juin 2007

Votre économie

Chaque jour, un parcours réussi

« Au contact des autres femmes, j’ai appris à accepter la maladie »

Hacina Zermane, 35 ans, séropositive, auteur d’une autobiographie

Hacina revient de loin. Séropositive à 19 ans, cette jeune femme de Gonesse (Val d’Oise) a failli en venir au pire : « Je refusais de prendre mon traitement et de m’alimenter. Je me laissais mourir. » Sa famille n’a rien fait pour l’aider, la poussant au contraire à culpabiliser : « Certains de mes frères ont eu des mots très durs. » Dans un ouvrage paru fin 2006, la Francilienne raconte le calvaire de sa maladie.

Née en Algérie, Hacina a grandi dans le quartier de la Grande-Borne à Grigny (Essonne). Aînée d’une famille de cinq enfants, elle connaîtra une enfance douloureuse. Abusée sexuellement par son oncle à l’âge de 8 ans, placée de foyer en foyer, elle fugue pour oublier.

Retrouver le goût de vivre

C’est lors d’une escapade dans la capitale qu’elle rencontre son futur mari, un danseur malien de dix ans son aîné. C’est le coup de foudre. Mais elle n’a que 18 ans lorsqu’elle accouche de son premier enfant, et sa situation se complique. Faute de papiers en règle, son compagnon est expulsé. Elle s’envole alors pour Bamako, l’épouse et fait reconnaître leur mariage en France. Installée à Paris avec sa petite famille, la jeune femme a l’impression de vivre un conte de fées, jusqu’au jour où elle apprend que son mari est polygame et lui a transmis le VIH. « Au début, j’avais du mal à l’admettre parce que j’avais trop besoin d’amour. Je ne voulais pas le perdre. Pour lui, j’ai porté le voile et j’ai vécu à l’africaine. » Pensant être ensorcelée, elle consulte des marabouts et se réfugie pendant un an dans la secte de Raël. C’est l’association Ikambéré, soutenant les femmes africaines confrontées au SIDA, qui va l’aider à s’en sortir. « Pour la première fois, je me suis sentie en confiance. L’association a fait beaucoup plus que les médecins. Au contact d’autres femmes, comme moi, j’ai appris à accepter la maladie. » Hacina retrouve le goût de vivre et reprend ses 18 kg perdus. Elle entre en contact avec Sidaction, rencontre une journaliste, Myriam Mascarello, qui la pousse à publier son histoire, et Line Renaud qui se propose pour la préface.

Aujourd’hui, cette battante vit à Gonesse avec ses quatre enfants, qui, « par chance, sont séronégatifs », et a engagé une procédure de divorce. Après avoir témoigné dans un spot pour France Télévisions, elle veut créer dans sa ville un contre de prévention contre le SIDA avec un espace diététique. « Avec cette maladie, j’ai appris qu’il faut avant tout manger pour survivre. »

Ludovic Luppino

« Sheh, bien fait pour toi ! » Editions Des femmes, 84 pages, 5 E

Levez-vous pour Georges Kiejman (les samedis de Stéphane Denis – FIGARO)

LEVEZ-VOUS POUR GEORGES KIEJMAN

Et le genre judiciaire ? Un peu délaissé ces dernières années il est l’occasion rêvée du talent. Georges Kiejman en a tant qu’on aimerait être accusé pour le choisir comme défenseur. Le voici qui raconte le procès Caillaux. Le 16 mars 1914, le directeur du FIGARO faisait introduire dans son bureau du Rond-Point l’épouse du ministre des Finances, qui l’abattait incontinent. Le ministre avait une maîtresse. Il lui écrivait des bêtises qu’il signait « ton Jo ». Mme Caillaux, apprenant que le journal allait publier ces lettres, n’écouta que son devoir. Le directeur du FIGARO était le brave Calmette qui obligeait son secrétaire de rédaction à passer les papiers de Proust. Proust pour l’en remercier (sa littérature n’était pas très populaire au journal) lui dédiera le premier volume de la RECHERCHE. Mme Caillaux, Henriette, ne tirait pas si mal que ça. Sur six balles, quatre touchèrent la cible. On l’acquitta, bien sûr, mais Proust qui s’était éloigné pour écrire son oeuvre n’écrivit plus dans le FIGARO. Il devait se plaindre à Gide de n’avoir jamais pu choisir un livre qu’il aimait pour en faire la critique. Ainsi, Mme Caillaux nous a t-elle privés, jusqu’en 1922, de ce que Proust aurait pensé des auteurs de sa génération. Et tout cela pour des lettres d’amour ! Il est vrai que Caillaux était en bisbille avec le gouvernement. Il soupçonnait un complot, voyait la main de son collègue de l’Intérieur dans le dos du FIGARO, etc. Dans l’ensemble le public prit parti contre lui. On trouvait un peu fort qu’il eût laissé sa femme faire le sale boulot. La gauche de l’époque le défendit mollement. Elle le trouvait intelligent, mais snob.

Le second scandale de ce recueil est celui de Victor Kravchenko. C’était sous Queuille. Les communistes français, dans leur organe décentralisé LES LETTRES FRANCAISES, le journal d’Aragon, accusaient ce transfuge, auteur du best-seller J’AI CHOISI LA LIBERTE, d’avoir truqué son livre. L’article des LETTRES était lui-même un faux, signé par un journaliste américain qui n’existait pas et rédigé par un collaborateur de la maison. Kravchenko gagna son procès en diffamation. On était en 1949 et tout le monde défila à la barre. LE MONDE se distingua par sa férocité. Sartre et Beauvoir se retirèrent en bon ordre : l’URSS était certainement la patrie des travailleurs mais peut-être tout n’y était-il pas aussi mirifique que prévu.

Enfin le procès Pétain est superbement mis en scène par un Kiejman omniprésent : il est tour à tout l’avocat général, le premier président, le maréchal, Laval, l’époque, la presse, le tribunal lui-même où il fait chaud et dont les fenêtres donnent sur la Seine comme dans un Simenon (assis dans son coin le jeune Mitterrand assiste, imperturbable, au jugement d’un homme qu’il admirait sincèrement ; il enterre sa jeunesse). Les moeurs, les lettres, l’histoire : la panoplie complète d’un grand avocat dont la voix, s’élevant dans ces salles vides, résonne en phrases sèches, implacables et sensibles.

LES GRANDS PROCES DE L’HISTOIRE – Récits de Georges Kiejman – Editions Montparnasse + Des femmes – Antoinette Fouque

GRAVIDANZA – Antoinette Fouque

Bonjour,

Avec son argumentaire joint à ce courriel, j’ai la joie de vous informer qu’Antoinette Fouque séjournera pour quelques jours à Paris à partir du 19 juin – et qu’elle sera par conséquent disponible pour passer dans vos éventuelles émissions télé / radio ou pour être interviewée de visu par la presse.

Par téléphone, elle est en permanence joignable pour répondre à tout entretien avec un journaliste. (et moi aussi pour vous renseigner sur ce livre, somme d’articles, fruit d’une réflexion psychanalytique, philosophique, littéraire, politique et sociétale de plusieurs décennies)

« Gravidanza », le second tome de son essai de féminologie, « Il y a deux sexes », publié chez Gallimard en 1995, réédité en 2004, vient de sortir aux Editions Des femmes.

Je vous remercie par anticipation de signaler, si ce n’est pas encore fait, cet événement majeur de la pensée contemporaine dans votre média et autour de vous.

Bien au-delà du féminisme, Antoinette Fouque est une très grande intellectuelle respectée, à laquelle Alain Touraine fait dans ce livre l’honneur d’une élogieuse préface méritée : « C’est une voix à la fois insistante et retenue, chargée de passion, pleine d’une imagination créatrice, et révélatrice de secrets, une voix que je n’ai trouvée que dans Rimbaud… » Alain Touraine

Aux non-initiés, je rappelle que « Gravidanza » signifie « Grosse », la grossesse, que tout le généreux système d’idée d’Antoinette Fouque est axé autour de la différence féconde des femmes, de leur capacité de procréation (et de création). Elle a créé les Editions Des femmes pour « accoucher » les femmes de leurs oeuvres d’art. Son ambition majeure est de décréter que « Le XXIème siècle sera génital ou ne sera pas ». Il y a du Don et du Starobinski (l’auteur de « Largesse » notamment) chez Antoinette Fouque. Son féminisme est diamétralement opposé à celui de Corinne Maier, l’auteur de « No kid » tant évoqué ces jours-ci. L’organisation de débats médiatisés entre ces deux femmes est immensément souhaitable, je compte sur votre aide.

Pour fêter la naissance de « Gravidanza », j’ai créé un blog qui, ouvrant un espace d’interactivité, recueillera vos réactions. Ici : http://editionsdesfemmes.blogspirit.com

Espérant recevoir à cet email presse.desfemmes@orange.fr le maximum de retours bienveillants à mon annonce et de demandes d’expédition ou de mise en relation avec Antoinette Fouque, je me tiens également par téléphone à votre entière disposition au sujet de ce livre impressionnant.

Cordialement

Catharine MacKinnon raconte l’histoire de sa publication aux éditions Des femmes

Texte de Catharine MacKinnon recueilli dans le catalogue des trente ans des Editions Des femmes :

CathMacKiJKeyserG460.jpg

Catharine A. MacKinnon
 
Après un quart de siècle d’écriture, mon premier livre en français est Le féminisme irréductible, publié en 2005 par les Editions des femmes.
Parmi mes travaux, figurent entre autres, Sexual Harassment of Working Women, qui conceptualise le harcèlement sexuel en tant que discrimination fondée sur le sexe (Yale, 1979) ; Toward a Feminist Theory of the State, qui fonde une philosophie et une doctrine sur le féminisme, basées sur la sexualité en tant que construction sociale (Harvard, 1989) ; Only Words (Harvard, 1993), qui soutient que la pornographie promeut activement l’inégalité et viole les droits humains ; In Harm’s Way : The Pornography Civil Rights Hearings (avec Andrea Dworkin), qui présente des témoignages publics attestant des dommages causés par la pornographie ; et tout récemment, Women’s Lives, Men’s Laws (Harvard, 2005), réunissant une sélection d’articles et de communications depuis 1980, qui élaborent une théorie positive du droit axée sur l’égalité des sexes. Des études bibliométriques récentes placent mes ouvrages au cinquième rang des travaux juridiques rédigés en anglais les plus cités. Une grande partie d’entre eux peuvent être lus en espagnol, en japonais, en allemand et même en letton ou en hongrois. Jusqu’à ce jour, pratiquement aucun d’eux n’était disponible en français.
 
Au milieu des années 90, un éditeur français m’a déclaré que les Français « ne s’intéressaient pas » aux sujets que je traitais, en particulier les abus sexuels, ajoutant : « Et votre langue est tellement violente ! » (il défendait la pornographie en tant que « littérature » et « jouissance »). J’ai été choquée de trouver les oeuvres complètes de Freud et de Lacan dans une librairie de femmes, mais pas une ligne d’Andrea Dworkin ou de Diana E.H. Russell. De surcroît, critiques et détracteurs semblaient toujours trouver un éditeur pret à publier leurs présentations inexactes, leurs falsifications et leurs contrevérités concernant mes activités et mes opinions. On s’empressait de traduire en français les attaques dont je faisais l’objet pour les mettre en avant et les citer abondamment. Le monde francophone pouvait lire ce qui prétendait rendre compte de l’ensemble de mon oeuvre et de ma personne, alors qu’il ne pouvait tout simplement pas me lire.
 
Antoinette Fouque a brisé le mur du silence en me donnant une voix en français. Qui plus est, elle a eu l’intégrité et la patience vigilante de faire en sorte que la traduction rende la vérité du texte de sorte que la voix soit essentiellement la mienne. Aucune langue n’exprime de manière adéquate la réalité des femmes – c’est ce que les féministes françaises ont été les premières à mettre en évidence. C’est vrai de la langue de tous les jours, et plus encore de la langue de la philosophie et du droit. L’approche classique qui consiste à traduire les idées plutôt que les mots ne fonctionne pas véritablement quand les idées n’existent pas déjà dans la langue d’arrivée (ni dans aucune langue) et que pour l’auteur chaque mot compte précisément ; et quand une grande partie des idées tient à la façon dont elles sont formulées – en conjuguant langue ordinaire et théorie de haut niveau, en travaillant à plusieurs niveaux et sur plusieurs couches de sens à la fois, en commençant et en terminant délibérément les phrases et les paragraphes par certaines articulations, en créant de nouvelles métaphores, en jouant sur les mots, les sons, les colorations émotionnelles et le rythme pour entrer en relation avec le lecteur et conférer profondeur et intensité. Ajoutez à cela que le français est une langue pure alors que l’anglais est un mélange, un collage, une langue métissée aux sources multiples et par conséquent aux teintes variées, structurellement ouverte aux changements et aux usages non conventionnels, et vous vous trouvez confronté à un défi, un rébus, un casse-tête, voire un cauchemar de traduction. Et que l’auteur connaisse un peu le français ne fait que rendre la tâche un peu plus difficile.
Face à cette véritable gageure, la clairvoyance d’Antoinette fouque qui a fait prévaloir la qualité sur la rapidité, son respect du texte et l’attention portée par sa formidable équipe de traduction à l’exactitude et aux nuances, sont tout ce qu’un auteur pouvait souhaiter. L’intrépide Catherine Albertini, avec l’aide d’Emily Blake, a enclenché le processus. L’inspirée Michèle Idels, qui n’a jamais capitulé ni traité la moindre tournure de phrase comme indigne d’attention, l’a mené vaillamment à son terme. Conscientes que l’intégralité de ce qui est écrit dans une langue ne saurait être exprimé dans une autre, ces femmes miraculeuses se sont attachées à s’en rapprocher le plus possible. Chacune d’entre elles a mon éternelle gratitude pour ce que les Editions des femmes ont donné aux femmes, et pour ma reconnaissance en France en tant qu’auteur.

C.A.M.

OVATIONS – Kiejman raconte (Nouvel Obs par Jacques Nerson)

OVATIONS

Kiejman raconte…

Où ranger cet hybride ? Dans sa bibliothèque ou à côté du téléviseur ? Dans un coffret contenant un livre et deux DVD, voici « les Grands Procès de l’Histoire » par Georges Kiejman (Des femmes – Montparnasse). Redevenu avocat, l’ancien ministre de François Mitterrand y raconte trois procès mémorables. Celui de Mme Caillaux, qui, le 16 mars 1914, révolvérisa le directeur du « Figaro », où allaient paraître des lettres compromettantes pour son mari, ministre des Finances en exercice. Celui que le transfuge Victor Kravchenko a intenté en 1949 aux communistes français qui s’employaient à discréditer son témoignage sur l’URSS. Celui enfin du Maréchal Pétain en 1945. Si Kiejman n’apporte sur ces trois affaires aucune révélation, il raconte sacrément bien. On ne voit qu’Alain Decaux qui ait pareil talent pour la grande vulgarisation.

Jacques Nerson (31 mai – 6 juin 2007)

PROGRAMME PHILOSOPHIE 2007

Suite à mon courriel de détente d’hier, qui révélait les talents d’auteurs et plaçait sous les feux des projecteurs les personnalités si riches de deux inspiratrices de grands écrivains auxquelles la postérité fait très insuffisamment d’honneurs (Juliette Drouet et Lou Salomé), c’est de philosophie que traitera mon mailing du jour.

De philosophie, parmi la meilleure, la plus profonde, qui puisse nous être contemporaine : l’image et la parole, le visuel et le langage. C’est-à-dire qu’à eux deux ces ouvrages nourrissent l’ambition de nous enseigner le monde, de nous apprendre totalement la vie – des origines de l’humanité à ses mutations actuelles.

Ruez-vous sur « Accrochages », un livre d’exception signant le retour attendu de l’éminent philosophe Jean-Joseph Goux. Ce recueil d’articles (1989 – 2005) réussit le tour de force de dresser un panorama du visuel appréhendé dans son acception la plus globale (peinture, cinéma, photographie etc). En ce moment professeur à l’Université de Rice (USA), l’auteur de « Economie et symbolisme » (1973), « Les iconoclastes » (1978) et « Oedipe philosophe » (1990) nous offre ici un miracle de transversalité, embrassant tous les domaines intellectuels (histoire, politique…) dans tous les champs artistiques (le souci esthétique prime toujours) – et réciproquement. L’interrogation sur la représentation, les développements sur l’essence de l’image (illustrés par un cahier photos central) font de ce livre l’un des plus importants des éditions Des femmes en 2007. Clair et pédagogue, il est accessible à tous. Un choc, un éblouissement.

« Suivant différents angles d’attaque, mais reliés par le même fil conducteur théorique, les essais réunis ici ont pour but d’élucider les conflits du visuel qui ont traversé le siècle qui vient de s’écouler et se prolongent dans celui qui commence. La question de l’image dans sa dimension esthétique, mais aussi politique, philosophique, théologique, n’a cessé depuis longtemps de condenser une multitude d’enjeux souvent brûlants et conflictuels. Mais le siècle précédent a été, de ce point de vue, explosif. Secoué par l’art moderne avec ses défigurations cubistes et ses échappées non-figuratives, décontenancé par la psychanalyse avec ses forages dans la profondeur des images oniriques, bouleversé par la nouveauté des moyens mécaniques de saisie de l’apparence des choses et des êtres (photographie, cinéma), le siècle passé a connu la refonte complète de la visualité gréco-romaine et renaissante. En quelques décennies le régime visuel a basculé dans une nouvelle ère. » Jean-Joseph Goux

Aussi passionnant, mais peut-être plus spécialisé, « Le silence du nom et autres essais – Interprétation et pensée juive » d’Esther Cohen, disponible depuis un mois en librairie, est traduit de l’espagnol par Anne Picard pour les éditions Des femmes. Catherine Chalier, un autre des auteurs favoris de la maison, le préface. L’audacieuse originalité faisant la force de cet ensemble d’essais est de mettre en situation de dialogue philosophie et Kabbale. De construire des systèmes de pensée se définissant par rapport au Livre mais également susceptibles de s’en émanciper. Généreux en références à Levinas, Benjamin et Derrida, ce livre regroupe notamment trois études de « La Parole sans fin » : « Le territoire de la parole écrite », « Le labyrinthe » et « La sexualité dans la Kabbale ». La thèse maîtresse soutenue et démontrée dans cet opus est l’analyse de l’expérience de la lecture à partir du corps, observée à l’éclairage de la sexualité.

« L’essence du langage, écrit Levinas, est amitié et hospitalité. Et dans cette “maison” où habite l’homme, le nom propre est l’espace où la générosité du langage manifeste sa plus grande capacité d’accueil. C’est parce que nous sommes les hôtes du nom, humbles invités dans la maison du temps, que par la noblesse de la parole nous pouvons vivre notre vie. Le nom propre est notre première demeure dans le monde des hommes, le refuge vers lequel nous pousse le ventre maternel. En lui, et sans même en avoir conscience, nous survivons à l’arrachement originaire : en lui nous habitons le monde. » Esther Cohen, philologue et docteur en philosophie

Pour finir, je vous souhaite le dimanche… dont vous rêvez !

Deux blogs sur Pomme Jouffroy

A signaler deux blogs consacrés à deux livres antérieurs à « Res Nullius » de Pomme Jouffroy, par un de ses admirateurs, Michel Renard !

http://ruederome.canalblog.com/

http://lesimmortelles.canalblog.com/

Je vous rappelle sa dédicace, jeudi 7 juin, à partir de 18 heures à la Librairie Le Divan, 203, rue de la Convention, Paris 15ème

Bonne nuit !

G.