Supplément du Figaro N° 21837 du mercrdi 22 octobre 2014
« …A 18h30, dans ce même Lucernaire, on peut voir un spectacle sur Camille Claudel qui se noie aussi à force de procédés Théâtraux. »
Jean-Luc Jeener
Guilaine Depis, attachée de presse (Balustrade)
Rampe de lancement ! Appuyez-vous sur la balustrade !
Les assassinats d’Henri Curiel et de Pierre Goldman revendiqués
Pierre Goldman et Henri Curiel. – DR
Dans Le Roman vrai d’un fasciste français (La Manufacture de livres), paru le 24 avril, René Resciniti
de Says, décédé en 2012, revendique les assassinats des militants d’extrême gauche Pierre Goldman
et Henri Curiel, à la fin des années 1970.
Le 4 mai 1978, Henri Curiel, militant communiste et anticolonialiste, dirigeant du réseau d’aide au FLN des
« porteurs de valises », est assassiné par deux hommes dans l’ascenseur de son immeuble à Paris. Le 20
septembre 1979, Pierre Goldman, autre figure de l’extrême gauche des années 1970, est tué par balle à
bout pourtant à quelques mètres de chez lui, dans le XIII e arrondissement de Paris. Ces assassinats, signés
par une organisation d’extrême droite inconnue, « Honneur de la Police », n’avaient jamais été élucidés.
Aujourd’hui, alors que les tueurs courent toujours, et que le dossier est clos, un homme revendique ces
deux meurtres. Dans Le Roman vrai d’un fasciste français, publié le 24 avril par La Manufacture de livres et
signé par le reporter Christian Rol, René Resciniti de Says, membre de l’Action française disparu en 2012,
indique avoir tué les deux militants d’extrême gauche pour le compte du SAC, la milice du parti gaulliste.
Alors que les archives des services secrets français demeurent toujours inaccessibles, le député écologiste
Noël Mamère demande l’ouverture d’une commission d’enquête.
Les deux affaires continuent, 35 ans plus tard, à faire couler de l’encre. En 2011, Futuropolis publiait un
roman graphique d’Emmanuel Moynot retraçant le parcours de Pierre Goldman, sous le titre La vie d’un
autre. Un portrait d’Henri Curiel, Un Homme à part, par Gilles Perrault, est également disponible chez
Fayard. Enfin, les deux affaires sont retracées dans Les dossiers noirs de la Ve République: quand la France
assassine au nom de la raison d’Etat (City).
Dandy solitaire, hypocondriaque, rongé par les manies, aux prises avec d’insurmontables problèmes sexuels, Samuel Rosen vit reclus dans son hôtel particulier du VIIe arrondissement de Paris, entouré de ses livres et de ses œuvres d’art, dans le regret de ne pas être entré en analyse avec Lacan lorsqu’il avait vingt ans. Sur le point de faire publier un « livre-événement » qui fait sa fierté tout en nourrissant ses doutes et ses angoisses, Rosen cherche à apaiser ses conflits intérieurs en s’évadant par la peinture, la musique, la littérature, une ascension du mont Ventoux sur les traces de Pétrarque, un pèlerinage à Rocamadour dans les pas de Francis Poulenc… sans succès, jusqu’au jour où, à l’occasion d’une retraite chez les moines trappistes, tout bascule…
Extrait : III DIVAN
(…) Douce rêverie ! Je me revois jeune étudiant à la fin des années 60, après que la grande aventure de Mai 68 a de façon indélébile imprégné mon esprit. Des problèmes de vertige, dont je ne me suis jamais départi, ruinaient alors mon quotidien. J’aspirais profondément à devenir un pensionnaire attitré du divan de Lacan. Et pour me familiariser avec le personnage dont la légende m’attirait, j’allais jusqu’à observer ses allées et venues depuis le trottoir situé en face de son domicile. Parfois, gêné de faire le guet durant de longues heures, je feignais d’attendre un ami à la sortie de l’École des langues orientales. Que serait devenue ma vie si j’avais eu du cran à l’âge de vingt ans ? Que se serait-il passé si j’avais eu le courage de pousser la porte… cette porte du 5 rue de Lille ? Lacan m’aurait reçu dans son cabinet saturé de l’odeur âcre de ses cigares « culebras ». À coup sûr, le jeune homme que j’étais aurait été impressionné par le regard inquisiteur, perçant à travers ses lunettes. Après l’échange des quelques mots nécessaires au service minimum d’une prise de contact, le célèbre analyste se serait contenté de m’indiquer d’un geste le chemin du divan. J’aurais pris l’habitude d’y venir deux fois par semaine. Muet comme une carpe, le Dr Lacan ne m’aurait qu’écouté. Face à un mur de silence, j’aurais vécu la redoutable épreuve de l’analyse. Ma dépendance à l’endroit du médecin serait devenue de plus en plus grande au fur et à mesure que, tombant de Charybde en Scylla, j’aurais fini par atteindre le tréfonds de mon désespoir. Puis un jour, je serais tout simplement remonté à la surface. Transformé. Libéré. Mes blocages auraient trouvé leur terme. En adoptant la formule du thérapeute : « Il ne faut jamais céder sur son désir », j’aurais assouvi mes besoins de défoulement. J’aurais pris le pouvoir sur mes maux, domptant puis annihilant leurs pouvoirs ravageurs. Mon quotidien aurait alors cessé d’être une épreuve sans arrêt renouvelée. J’aurais constaté que le monde avait décidé de ne plus m’être hostile. La peur m’aurait quitté, mes craintes se seraient dissipées. J’aurais appris à gérer mon ego, à profiter des satisfactions que procurent l’échange, le partage, la générosité, l’amour. Mes doutes auraient fini de gripper le moteur de mon existence. J’aurais accepté de pouvoir être jugé et cela m’aurait permis de devenir homme d’action. Je ne serais plus ce vieux fils de famille, replié sur ses collections, vivant dans l’opulence grâce à son héritage. J’aurais peut-être même créé une famille. En tout état de cause, j’aurais cessé d’être l’esclave de mes angoisses, la victime de mon enfermement. Mon extrême susceptibilité, mes perpétuelles contrariétés seraient devenues des prétextes à sourire, des obstacles transformés en tremplins. Mes vertiges se seraient limités à la peur de tomber. J’aurais entrepris, modelé mon avenir, fabriqué mon destin. Mon ouverture au monde m’aurait tout simplement tracé la voie d’un bonheur possible. (…)
L’Oreille de Lacan
Auteur : Patrice Trigano
Genre : Roman
Collection : Littérature
Date de parution : 2015
Editeur : La Difference







S.O.S. : Je suis furieusement à la recherche d’un nouvel emploi (communication, rédaction, études, relations presse et publiques, événementiel) dans l’un des domaines que je connais (édition, politique, arts, culture, média) depuis le 8 juillet 2010, date à laquelle j’ai perdu mon emploi aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque, licenciée pour motif économique – C’est un poste que j’occupais avec les résultats en matière de communication que l’on peut observer sur ce blog que j’avais créé seule le jour de mon embauche, le 17 avril 2007. (iie 3 ans 3 mois)
Les temps étant comme chacun sait très difficiles pour les chômeurs (et spécialement pour les chômeuses, comme diraient mes anciennes employeuses), je serais heureuse d’étudier n’importe quelle piste ou proposition de travail. Mon CV sur simple demande à guilaine_depis@yahoo.com, j’accepte tout rendez-vous.
Me contacter au 06 84 36 31 85. Je vous remercie de votre attention et de votre aide car j’en ai besoin. Il fut démontré dans plusieurs soirées-débats à l’Espace des Femmes combien cette odyssée de l’emploi était RUDE (la violence de la crise économique frappant tout le monde doublée de la violence des hommes sur les femmes en situation de faiblesse) pour les femmes aspirant pourtant à travailler et à gagner leur vie en toute indépendance. G.D.
« Le fil et la main », « les tapis minuscules » et « autres fils de la pensée »
Présentation de Natalie Mei
NATALIE MEI
Née le 17 octobre 1948
Diplômée de l’Université de Vincennes, en philosophie et sociologie.
Restauratrice de tableaux depuis 1980.
Première exposition de dessins à l’encre de Chine, en 1978, au Centre Buref, La Défense 2, avec Christian Vallerin et Thomas Stern.
Deuxième exposition en 1989, de portraits, collages et travaux sur papier, à la galerie de Dona Levy à Paris.
Collaboratrice et area revue)s(, des premiers jours de la création de la revue, jusqu’en 2009.
Six livres faits de textes et d’entretiens, avec des artistes, Claude Yvel, Christian Sabas, Hervé Half, Marianne Le Vexier, Benjamin Lévêque, Bruno Durieux.
Troisième exposition de broderies à l’Espace des femmes-Antoinette Fouque, 35 rue Jacob à Paris en juin et juillet 2010.
***
Skoura, le Haut-Atlas marocain 1948-1952
Les étendues fictives, premier souvenir
…De la terrasse de la casbah, j’ai vu un homme s’éloigner. L’air brûlant traversait son corps, en dessinait les contours. Son vêtement flottant disparaissait dans le paysage. Au-delà de la perspective, je tendais les bras vers lui. Un son proche, sourd et strident m’affolait. Derrière les murs de la maison, des femmes chantaient et dansaient l’houache, balançaient leurs corps et leurs visages encerclés de bijoux d’argent.
***
Casablanca 1953-1957 Cendrillons. Taffetas, soieries, dentelles et broderies. Nos jeunes mères créent des robes merveilleuses, sous la direction de l’une d’entre elles, créatrice de haute-couture.
Corse 1976-Paris 1978
Les infinis minuscules, que d’alvéoles dans les encres et les mères de Chine !
La dessinatrice mise à nu par sa quasiment épouse même
Je suis donc sa future, songeait-elle, ignorant qu’elle s’était quelque part prise au pied de la lettre et que, future, elle le resterait toujours. Médusée, il lui fallut pourtant reconnaître assez vite qu’elle ondoyait et girait entre deux eaux autour d’un commandement émanant directement du Grand Agitateur des Flots. Ce commandement, en forme de tourbillon vertigineux, n’énonçait rien – le Grand Agitateur des Flots négligeait la parole – mais il rayonnait d’une lumière suffisamment aveuglante pour conférer à toute présence, fût-elle passionnée et dense, une consistance opaline.
En deça des banquises, la petite marquise. Peut-on crier terre quand lèvres, gorge, langue et dents n’engendrent qu’évanescentes échappées de bulles, chenilles cristallines, bousculades d’éboulis miriphiques et diaphanes, vermine transparent et sans suite – à peine éclose, déjà usée et disparue ? Toujours promise, la reine mère automatique de l’aphasie amoureuse fait pulluler le silence de l’onde qui gonfle et soulève la corolle blanche de la robe nuptiale. L’engouffrement sous elle du courant liquide la métamorphose à contre temps ; dénudée jusqu’au ventre, la voici papillon puis encapuchonnée de la taille aux cheveux, semblable à celle qui garantit, immense et blême, la fécondité des termites.

« Que d’alvéoles sans larve ! », s’exclame, sidérée l’étoile des mers de Chine. « Bois l’encre pesante de nos seiches, armes-toi de l’acier des grands axes, hérisses et métallises les canules innombrables de ta longue chevelure, tu gagneras la chance de te désengloutir… »
De sa nacelle, la demoiselle déploie vers la terre le faisceau de tiges souples et creuses qui orne désormais sa tête. Un foisonnement trouble, identique au frisson, parcourt le système quand l’encre s’écoule dans chacune des seringues qui tracent toutes ensemble des cercles et des lignes, aux dimensions multiples. Mais gardez-vous de convoler ou de solliciter la caresse, même passagère, d’une telle chevelure. Ces aiguilles refoulantes peuvent choisir d’aspirer : en matière de globules, elles ne laissent que les blancs.
On dit pourtant qu’au sol ils ont, depuis longtemps, secoué l’arbre ancien. Le goût du sang leur revient parfois à la bouche, qu’ils parlent ou qu’ils se taisent. Mais d’aimables taureaux leur ont enseigné l’art de l’esquive. Nul mammifère n’ignore en effet que la danseuse doit, fût-ce à coup de cornes, se trouver pour danser, délivrée du diamant.
Juin 1978 Thomas Stern
***
Paris 1982
Court-métrage « Le théâtre de Salomé »
Mise en scène et réalisation Natalie Mei, Déa Villarreal, Bernard Henriot.
Découverte de l’Amérique – 1985
…Rien, absolument rien ne nous sépare. Derrière cette façade d’indifférence, peut-être suis-je un monstre de tendresse et elle un monstre de sensualité ? Ou l’inverse. Qui sait ? Ceci s’achèvera peut-être dans un autre monde, ou dans une vie antérieure, par une orgie ou un délicieux chaos sentimental. Mais pour l’instant nous sommes plutôt Tristan et Yseult, entre nous Dieu a placé une épée en signe de chasteté.
Etant partie dix heures avant, elle en sort déjà du côté de l’Islande. Ainsi, en ce moment même, l’espace géographique d’une nuit nous sépare. Bien d’autres nuits nous ont séparés, qui n’avaient rien de géographique. Cette dernière séparation nocturne par les fuseaux horaires, elle, heureusement, est poétique et rachète les autres. Cette nuit-là, fut la dernière, nous l’avons réussie. Jean.
***
< span style="font-size: small;">Paris 1989 – galerie de Dona Levy
Portraits de papiers collés de… Arthur Rimbaud, Fernando Pessoa, Samuel Beckett, Delphine Seyrig, Van Gogh, Malévitch et… d’autres…
***
Paris 1990-1991-1992
Les espaces intérieurs monochromes
Commandes de grand format, trois couleurs
Traversée de la mer rouge
L’être aimé dans le bleu
La maison en feu
…La vieille dame disait, le Rouge perdure, le Jaune évolue, le Vert disparaît. Assise sur la margelle d’un puits, coiffée d’un chapeau de paille, habillée d’une robe grise d’écolière, ô nolches, ô nolches, chantait-elle…
***
Texte de Dona Levy, 14 mai 1992
L’âme animale aime le lin
La liane et le matin
Aime le lit et la taie
Le miel et le lait
Le malt et la mie
L’amante en a manie
Même l’amie et la lie
A l’Italie la Mei
Ni ment, n’imite
Ni mante ni natale
Latine
En mai
L’an mil le lien
A l’intime amant
Mâtiné malien-anamite
Il lit l’âme en ta main
Laminant, minant
Lame en main
Le malin, l’âne
Ta mine nie le mal
Tel le mien, tel le mien
Animé, la mâle
Entâme net la mâne
Natalie, ne te lie,
Anti-mite matinale
A la lente mite alitée
Aimant la laine
***
Paris 1993
Autres portraits de papier et exercices de disparition, dans les blancs.
***
Paris 2001-2003
Textes
… « une femme doit restaurer un inédit de Blanchot. Une peinture, un texte, des pierres précieuses incrustées dans la toile. Elle lave le tout. Le texte s’efface. La peinture disparaît. Le papier est devenu glacé, vierge…
***
Paris 2008-2009-2010
Le fil et la main.
Les tapis minuscules et autres fils de la pensée
Mes tableaux brodés sont tels de petits jardins clos dans lesquels, au fil des sentiments, au fil de la pensée, je brode à la main, point par point, du centre à la périphérie, de la périphérie au centre, les lignes et les courbes, les arabesques qui dessinent mes paysages mentaux, allusions à des lieux d’apparition, lieux de méditation active.
Comment faut-il faire advenir ce qui peut rester invisible ?
J’ai adopté le travail à la main, du fil et de l’aiguille, parce qu’il oblige à la lenteur, la patience, la réserve, le silence.
Recluse entre mes quatre murs, je scrute par la fenêtre le
s ouvertures de l’immeuble qui me fait face et suis les envolées de mouettes parisiennes entre le canal et la gare de l’Est…
Recluse entre les quatre murs de Jeanne que j’accompagne depuis quatre ans, en son très grand âge, jusqu’à son dernier sourire qu’elle m’a esquissé en mai…
Je choisis les couleurs des fils qui s’enrouleront en points les uns dans les autres pour former les dessins qui me sortiront de l’obscurité d’où l’on vient et feront découvrir les joies qui nous donnent vie.
Je recherche assidûment ce qui peut m’ouvrir à la réflexion, sans précipitation.
L’utilisation que je fais librement du fil et de l’aiguille, sans machine, rejoint sans doute chez moi un goût certain pour le paradoxe qui me semble nécessaire et vital en cette époque si agitée.